Le marché des titres publics en zone CEMAC a confirmé son dynamisme au cours des derniers mois, atteignant un nouveau record d’encours. Selon les données du récent « Bulletin économique et statistiques » de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), le volume global est passé de 6 624 milliards FCFA en mars 2024 à 8 451,8 milliards FCFA un an plus tard, soit une progression de 27,6%. Cette croissance s’appuie sur des levées de fonds nettement plus importantes de la part des Trésors nationaux, qui ont mobilisé 5 701,2 milliards FCFA sur la période, contre 4 326,7 milliards un an plus tôt.
De fait, ces chiffres traduisent une intensification du recours au financement intérieur, dans un contexte marqué par les tensions persistantes sur les finances publiques. Dans le détail, le segment des Bons du Trésor assimilables (BTA) a continué de dominer le marché, en particulier les maturités les plus courtes. Ainsi, les BTA à 26 semaines ont représenté à eux seuls plus de la moitié des émissions (1 539,2 milliards FCFA), reflétant la préférence des investisseurs pour les instruments offrant une liquidité rapide.
Les BTA à 52 semaines (798,6 milliards FCFA) et ceux à 13 semaines (599,8 milliards FCFA) complètent ce panorama, confirmant une tendance de fond : la difficulté des États à orienter durablement les acteurs financiers vers des instruments de long terme, pourtant plus adaptés à la couverture de leurs besoins structurels. Ce déséquilibre limite la profondeur du marché et pose la question de la soutenabilité des refinancements fréquents.
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Du côté des Obligations du Trésor assimilables (OTA), les États ont multiplié les opérations, avec 192 émissions totalisant 2 763,7 milliards FCFA. Ici encore, le moyen terme s’impose comme la norme. Les maturités de 2 à 5 ans concentrent près de 86% des montants levés, avec une prédominance des titres à 3 ans (780,5 milliards FCFA) et 2 ans (701,1 milliards FCFA), contre 455,9 milliards FCFA pour les titres à 5 ans et 437,8 milliards FCFA à 4 ans. Les titres de 10 ans (émis par le Cameroun et le Gabon) censés symboliser une avancée vers l’allongement des maturités et la consolidation d’un marché obligataire régional plus profond, restent marginaux (à peine 1,1% du volume). Cette frilosité illustre la prudence des investisseurs face aux incertitudes budgétaires et macroéconomiques qui pèsent sur plusieurs pays de la sous-région.
L’évolution du marché traduit à la fois une réussite et un défi. D’un côté, la Cemac dispose désormais d’un outil de financement domestique en plein essor, capable de fournir aux États une alternative crédible aux financements extérieurs. De l’autre, la concentration des émissions sur le court et moyen terme expose les finances publiques à des risques de refinancement fréquents et à une pression accrue sur la liquidité bancaire.

