La République centrafricaine enregistre une contre-performance notable dans la mobilisation des ressources extérieures en 2025, au moment même où le pays est censé accélérer la mise en œuvre du Plan national de développement (PND) 2024-2028, pilier majeur de la relance économique défendu par le président Faustin-Archange Touadéra. Selon le rapport d’exécution budgétaire du troisième trimestre publié par le ministère des Finances, seulement 69,70 milliards Fcfa, soit 38,47% des 181,20 milliards Fcfa attendus, ont été mobilisés, traduisant une baisse de 20,54% par rapport à la même période en 2024. De ce total, 53,68 milliards Fcfa proviennent des appuis projets, dédiés exclusivement aux programmes spécifiques, tandis que 16,02 milliards Fcfa relèvent des appuis budgétaires, versés directement au budget de l’État sous condition de réformes. Un paradoxe d’autant plus marqué que la RCA bénéficie d’engagements positifs de ses partenaires, notamment dans le cadre du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) du FMI.
Cette situation interroge la capacité d’absorption des administrations, la maturité des projets, la conformité aux exigences des bailleurs ainsi que les lenteurs dans les procédures de décaissement. La sous-consommation récurrente des financements extérieurs est devenue un véritable mal structurel en RCA, avec des soldes engagés non décaissés pouvant représenter jusqu’à 60% des projets financés par la BAD, par exemple. Si aucune réforme corrective n’est engagée, cette sous-consommation chronique risque de compromettre gravement la mise en œuvre du PND, officiellement entré dans sa deuxième année sans impacts majeurs visibles sur le terrain, affaiblissant ainsi l’ambition nationale de relance et de transformation.
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Cette situation fragilise déjà l’efficacité des programmes malgré des ressources disponibles, et a même entraîné la forclusion de certains projets, dont celui de l’amélioration des services d’eau et d’électricité financé par l’IDA, occasionnant l’annulation de plus d’un milliard Fcfa. L’an dernier, le ministre de l’Économie, Richard Filakota, avait dénoncé des failles de gouvernance, des lenteurs administratives et un déficit de redevabilité au sein de certaines unités de gestion de projets. Il a exigé davantage de transparence, le strict respect du Plan de travail et budget annuel (PTBA), la responsabilisation des équipes ainsi que la mise en place de contrats de performance assortis d’évaluations et éventuellement de sanctions, y compris la révocation des responsables inefficaces. Selon lui, l’enjeu majeur demeure l’amélioration de l’absorption pour accélérer le développement et mieux répondre aux besoins essentiels des populations.
En parallèle, l'exécution des dépenses publiques à fin septembre reste limitée à 215,97 milliards Fcfa sur 384,38 milliards Fcfa prévus, soit 56,19%, en raison notamment des faibles décaissements extérieurs et des retards dans les dépenses de biens et services. La loi de finances 2025, adoptée dans un contexte de discipline budgétaire liée au programme avec le FMI, a d’ailleurs fait l’objet d’une révision en mai à travers une loi de finances rectificative intégrant l’évolution des charges liées aux élections générales prévues fin décembre prochain, à l’organisation du Sommet des chefs d’État de la CEMAC en septembre dernier, du Caucus Africain, ainsi que les recettes attendues de la vente du pétrole offert par la Russie.
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À l'inverse, la mobilisation des recettes internes affiche des résultats encourageants avec 139,62 milliards Fcfa mobilisés à fin septembre, soit 75,06% de la cible, et une hausse de 23,63% par rapport à 2024. Cette performance est portée par les trois régies financières nationales : la Direction générale des douanes et droits indirects (49,48 milliards Fcfa), la Direction générale des impôts et des domaines (53,48 milliards Fcfa) et la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique (36,66 milliards Fcfa), cette dernière enregistrant la meilleure progression.

