Près de deux ans après l’adoption du Code minier de juillet 2024, présenté comme un tournant majeur pour l’assainissement du secteur extractif, la République centrafricaine peine à passer du verbe à l’acte. Au cœur de ce nouveau dispositif figurait la création de quatre sociétés minières publiques censées structurer, contrôler et valoriser les chaînes de valeur minières. Mais, à ce jour, aucune n’est effectivement opérationnelle. Dans son discours sur l’état de la Nation prononcé en décembre 2025, le président Faustin-Archange Touadéra se félicitait pourtant des avancées enregistrées. « Nous avons promulgué un nouveau Code minier plus attrayant avec la création de plusieurs sociétés d’État », affirmait-il, citant nommément la Société nationale de développement des ressources minières (SONADERM), Gemmes et Minéraux de Centrafrique (GEMINCA), la Société centrafricaine d’affinage (SOCAF) et la Centrafricaine de taillerie des gemmes (CATAGEM).
Sur le papier, les missions de ces entités sont claires. La SONADERM devait intervenir en amont, dans la prospection, la recherche et la valorisation du potentiel minier national. La GEMINCA, société de patrimoine à capitaux majoritairement publics, est appelée à jouer un rôle central dans la collecte, l’achat et surtout l’exportation des gemmes et métaux précieux, avec un quasi-monopole destiné à renforcer la traçabilité. La SOCAF et la CATAGEM devaient, quant à elles, incarner l’ambition de transformation locale, à travers l’affinage de l’or et la taille des pierres précieuses sur le territoire national. Mais dans les faits, ces instruments structurants restent absents.
Lire aussi : Centrafrique : le canadien CVMR décroche un méga-contrat minier de 25 ans sur l’uranium, l’or et le coltan
Cette lenteur administrative et politique n’est pas sans conséquences. Faute de la GEMINCA, l’État peine toujours à reprendre la main sur des flux miniers largement dominés par l’informel. Selon la Banque africaine de développement, près de 75 % de la production diamantifère échappe encore au contrôle de l’administration. Le FMI relève, de son côté, il y a quelques mois, que seulement 2,7 % des revenus miniers sont reversés au Trésor, malgré une forte progression de la production aurifère ces dernières années.
L’absence de la SOCAF et de la CATAGEM retarde également la création de chaînes de valeur locales, présentée par le chef de l’État comme un levier de souveraineté économique. « Nous encouragerons la transformation locale, la création d’industries de raffinage et de traitement », promettait-il devant les députés en décembre dernier. En attendant, l’or et le diamant continuent majoritairement de quitter le pays à l’état brut, alimentant les pertes fiscales et les flux financiers illicites.
Plus largement, cette incapacité à opérationnaliser les sociétés publiques prévues par le Code minier illustre le décalage persistant entre annonces politiques et mise en œuvre effective des réformes. Un paradoxe d’autant plus préoccupant que le potentiel est réel : indices miniers en hausse, levée de l’embargo du Processus de Kimberley, découverte de minéraux critiques. Autant d’atouts que la Centrafrique peine encore à convertir en recettes durables et transparentes, faute d’institutions pleinement fonctionnelles.
Lire aussi : RCA : l’émirati SML Gold investit 10 millions de dollars pour une raffinerie d’or à Bangui

