La tendance baissière des cours du riz sur le marché mondial suscite des interrogations sur son impact au Cameroun, pays fortement dépendant des importations de cette denrée essentielle. En 2024, la demande était estimée à 648 085 tonnes selon l’Institut National de la Statistique (INS). Ainsi, le pays a importé 744 489,48 tonnes de riz pour une valeur de 320 milliards FCFA, en hausse de 59% par rapport aux 200,8 milliards FCFA dépensés en 2023 pour importer 620 400 tonnes de riz, majoritairement en provenance d’Inde (372 700 tonnes), de Thaïlande (194 600 tonnes) et de Chine (36 000 tonnes). Cette dépendance aux importations place le Cameroun face à un enjeu majeur : la baisse des prix internationaux sera-t-elle répercutée sur le marché local ?
Depuis mi-octobre 2024, la chute des prix s’est accélérée à la faveur de la levée des restrictions d’exportation par l’Inde, premier exportateur mondial. Selon les derniers indices de prix des matières premières publiés par la Banque mondiale, en février 2025, le prix du riz thaïlandais brisé 5% est tombé à 437 dollars la tonne contre 470 dollars le mois précédent. Le Vietnam a enregistré une baisse encore plus marquée, avec un prix à 401,70 dollars la tonne contre 447,27 dollars un mois auparavant. Globalement, les prix ont chuté de 7% en moyenne. Une tendance qui pourrait perdurer en raison de l’abondance de l’offre mondiale attendue à un nouveau record estimé par la FAO à 543,0 millions de tonnes (équivalent blanchi), ainsi que du ralentissement des achats des grands importateurs comme l’Indonésie et les Philippines.
Lire aussi : Cameroun : en 2024, les dépenses d’importations de riz ont bondi de 59% à 320 milliards Fcfa
Toutefois, au Cameroun, la répercussion de cette baisse reste incertaine. Certes, le gouvernement a annoncé une diminution des prix du riz en avril 2024, avec des baisses, oscillant entre 70 et 90 FCFA le kilo pour certaines variétés importées d’Inde et de Thaïlande. Depuis, le sac de 50 kg de riz brisé indien 25% est désormais vendu à 22 250 FCFA à Douala et à 23 000 FCFA à Yaoundé. Pour le riz 5% de brisure, les prix varient entre 23 500 et 24 000 FCFA. Une avancée notable, mais qui reste inférieure à la baisse enregistrée sur les marchés internationaux.
Les importateurs, un verrou à la baisse des prix ?
De fait, les importateurs jouent un rôle déterminant dans la transmission des fluctuations des prix internationaux aux marchés locaux. Or, au Cameroun, beaucoup se montrent encore prudents face à la baisse continue des cours mondiaux. « Nous avons encore d’importants stocks achetés à des prix élevés. Il est difficile de baisser immédiatement les prix tant que ces stocks ne sont pas écoulés », explique un opérateur du secteur sous couvert d’anonymat. Un autre, nuance en évoquant la volatilité du marché et le besoin de rester prudent : « Nous devons anticiper les risques liés aux fluctuations des prix, dit-il. Une baisse prolongée peut être suivie d’une remontée soudaine, et nous devons éviter des pertes qui mettraient en péril nos activités ».
Ce raisonnement traduit une réalité structurelle : même si la tendance mondiale se maintient, l’impact sur les prix locaux dépend de la volonté des importateurs à ajuster leurs marges. Une position que l’on "comprend" au ministère du Commerce, bien que son rôle consiste à garantir que les consommateurs bénéficient des conditions favorables du marché mondial. « Nous suivons de près l’évolution des cours internationaux et nous restons en concertation avec les acteurs de la filière pour assurer un juste équilibre entre leurs contraintes et le pouvoir d’achat des ménages », déclare un responsable du ministère.
Balance commerciale
Or, au-delà des prix à la consommation, la baisse des cours du riz devrait avoir un effet direct sur la balance commerciale du pays. Au cours des cinq dernières années, Yaoundé a dépensé 1 153,9 milliards FCFA pour importer cette denrée. Soit 320 milliards FCFA en 2024, 200,8 milliards FCFA en 2023, 264,4 milliards FCFA en 2022, 207,9 milliards FCFA en 2021 et 159,8 milliards FCFA un an plus tôt. Si la tendance à la baisse des prix se maintient en 2025, la facture des importations pourrait reculer, réduisant ainsi la pression sur les réserves en devises du pays.
Opportunité
Toutefois, cette baisse espérée de la facture d’importation ne signifie pas nécessairement une amélioration durable. La dépendance au riz importé expose le pays à des chocs externes imprévisibles, comme une remontée des prix due à une crise climatique ou des tensions géopolitiques sur les principaux marchés fournisseurs. Dans ce contexte, l’enjeu pour le Cameroun est de transformer cette situation conjoncturelle en opportunité structurelle. Chaque année, le gouvernement annonce le renforcement de son soutien aux initiatives locales de production de riz, mais les résultats restent modestes. Cette situation se reflète dans le bilan de la première année du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah), marqué par d’importants écarts entre objectifs et réalisations.
Lire aussi : Cameroun : la facture des importations de riz grimpe à 166 milliards FCFA (+24%) au 1er semestre 2024
Avec moins de 2 milliards de FCFA de subventions allouées selon le Premier ministre Joseph Dion Ngute, seules 452 tonnes de semences ont été produites, bien loin des 8 102 tonnes prévues. Sur les 426 000 hectares de terres agricoles sécurisés escomptés, seulement 200 000 hectares ont été enregistrés, dont 3 000 aménagés par un opérateur privé. Si la production de blé a explosé à 12 800 tonnes (+1 280 %), d’autres filières comme le riz restent à la traîne, avec un déficit projeté de plus de 500 000 tonnes en 2024 (+3% par rapport à 2023).

