Il a suffi de trois tours de vote pour que la partie soit jouée et que Sidi Ould Tah, 60 ans, l’emporte haut la main, avec 76,18% des suffrages, contre 20,26% pour le Zambien Samuel Munzele Maimbo, pour devenir le neuvième président de la Banque africaine de développement (BAD). Pour prendre la mesure de la performance du candidat mauritanien, il faut se souvenir que son prédécesseur, le Nigérian Akinwumi Adesina, avait dû patienter pendant six tours pour rafler les 58,1% de voix qui avaient assuré sa victoire, il y a dix ans.
Au sortir des résultats du premier tour du scrutin, il était évident pour les observateurs présents à Abidjan, le 29 mai, que le match se jouerait entre les deux protagonistes tans leurs avances sur les trois autres candidats était significative. Samuel Maimbo arrivait certes en tête (40,41%), mais il était évident que Sidi Ould Tah, avec ses 33,21% de suffrages, avait la meilleure cote auprès des actionnaires africains (47,03%).
Bilan positif
Un avantage décisif qui va se consolider au second tour avec 68,42% de votes continentaux, pour un total général de 48,41%. Sur ces deux tableaux, son principal concurrent perdait par contre du terrain et ne totalisait plus que 36,68% de voix. Un signe également de la montée de la cote d’amour de l’ancien dirigeant de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea) auprès des administrateurs non régionaux.
L’ancien ministre mauritanien de l’Economie et des Finances a manifestement compté sur le soutien infaillible des pays arabes qui, sous l’impulsion d’une Arabie Saoudite et d’un Koweit, se sont satisfaits de son bilan positif à la tête de la Badea. Il a par conséquent glané les faveurs des poids lourds du continent comme l’Egypte, l’Algérie ou le Maroc. Mieux, Sidi Ould Tah, avec le concours de la diplomatie de son pays, a su faire son marché dans certaines régions comme l’Afrique centrale où, en dehors de la RDC, il a reçu l’aval de pratiquement tous les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), à l’exception de Ndjamena. Ce qui explique en grande partie l’élimination du Tchadien Abbas Mahamat Tolli dès le premier tour.
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Ould Tah a également pu, au fil du vote, compter sur le ralliement des pays non régionaux, comme les Etats-Unis. Sur ce plan, l’attitude belliqueuse de l’administration Trump à l’égard de Prétoria n’a pas joué en faveur de la Sud-Africaine Swazi Bajulile Tshabalala, Washington redoutant plus que tout une alliance entre le Nigéria et l’Afrique du Sud dans une sorte de retour d’ascenseur du premier pays au profit du second. De son côté, le Sénégalais Amadou Hott n’a pu faire carton plein au sein de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), en dépit des efforts de Bassirou Diomaye Faye.
Quatre points cardinaux
Le nouveau banquier de développement va devoir adapter le plan stratégique 2024-2033 de l’institution de financement du développement aux quatre points cardinaux qui résument son programme. Il s’agit de réformer l’architecture financière africaine, d’industrialiser le continent tout en valorisant ses ressources naturelles, de transformer le dividende démographique en puissance économique et de mobiliser les capitaux à grande échelle. Sur ce dernier point, il pourra compter sur les pays arabes qui l’ont soutenu et qui disposent d’énormes ressources, à travers leurs différents fonds souverains, pour soutenir les projets de développement sur le continent.

