Les autorités tchadiennes ne font pas l’économie d’un certain triomphalisme, suite à la publication, le 28 octobre 2024, du rapport de la toute première notation souveraine du pays par l’agence américaine S&P Global Ratings (S&P). « L’agence de notation Standard & Poor’s a attribué une notation inaugurale de B-/B avec une perspective stable à la République du Tchad, notation la plus élevée pour les pays de la zone Cemac (…) Cette notation inaugurale contribuera à la mobilisation des ressources nécessaires au déploiement du Plan national de développement (PND), qui portera notamment une ambition de diversification de l’économie, de modernisation des infrastructures et de renforcement du capital humain», indique le ministère des Finances, de l’Economie et du Plan du Tchad, dans un communiqué officiel publié le même 28 octobre.
En effet, pour S&P, suite à la transition politique survenue dans ce pays au terme de l’élection présidentielle de l’année 2024, après le décès du Maréchal-président Idriss Déby Itno en 2021, le Tchad affiche désormais de belles perspectives économiques et devient de ce fait un pays moins risqué pour les prêteurs de capitaux. « Nous nous attendons à ce que les réformes économiques s'accélèrent au Tchad après sa transition politique, soutenant l'activité économique à moyen terme, même si la croissance économique et la position budgétaire et extérieure du pays restent très vulnérables aux fluctuations des prix internationaux, étant donné la dépendance du pays aux exportations pétrolières. Le Tchad présente désormais un profil d'endettement favorable et sa dette extérieure est désormais pour l'essentiel concessionnelle, après sa restructuration de la dette dans le cadre du Cadre commun du G20 pour le traitement de la dette en novembre 2022, et le remboursement de la majeure partie de la dette extérieure commerciale due à Glencore, aidé par prix du pétrole favorables», indique S&P dans son rapport de notation sur le Tchad.
Lire aussi : Standard & Poor’s rehausse d’un cran la note du Cameroun à B- citant une « croissance résiliente » de l’économie
Parmi les atouts concourant à l’attribution du meilleur profil emprunteur de la Cemac au Tchad, l’agence américaine S&P cite également l’appartenance du pays de Toumaï à cet espace communautaire formé par cinq autres Etats, dont le Congo, le Cameroun, le Gabon, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale. Cette communauté économique ayant en commun l’usage du franc CFA dotée d’une parité fixe avec l’euro, et assurant solidairement ses importations de biens et services à partir d’un compte d’opérations ouvert dans les livres du trésor français, offre au Tchad, selon l’agence de notation, « un tampon contre les chocs externes idiosyncratiques, et limite l'exposition à la volatilité des changes».
Au demeurant, en dépit de ce tableau plutôt reluisant dépeint par l’agence, S&P prévient qu’il pourrait être amené à « abaisser la note du Tchad, si de graves pressions de liquidité sur les comptes de l'État devaient faire surface, notamment si les prix du pétrole devaient baisser de manière significative, ou si sa situation sécuritaire se détériorait sensiblement, menaçant ses institutions et la capacité du gouvernement à honorer ses dettes à temps et au complet». A contrario, les notes souveraines attribuées au Tchad pour ses emprunts en devises sur le long et le court-terme, pourraient être revues à la hausse en cas d’augmentation importante des recettes publiques, de diversification du tissu économique et d’accroissement des investissements permettant d’accélérer la croissance au-delà des attentes de l’agence (3,6% par an sur la période 2024-2027), et de stabilisation de la dette publique autour de 30% du PIB, souligne S&P.

