Plus d’un an après avoir obtenu un financement de 655 millions de dollars du Fonds monétaire international (FMI), le Tchad attend toujours de nouveaux décaissements. Selon l’agence Fitch Ratings, dans une analyse publiée le 8 octobre 2026, ce retard s’explique principalement par la lenteur des réformes engagées au sein de la CEMAC, et non par des difficultés propres au Tchad. Le pays se retrouve ainsi pénalisé par des engagements que ses voisins et les institutions communautaires tardent à remplir.
« Les décaissements du programme ont été plus lents qu'initialement prévu, seule une faible proportion des financements approuvés ayant été versée à ce jour », relève Fitch dans son communiqué confirmant la note souveraine du Tchad à « B− », avec une perspective stable. L'agence précise que ces retards résultent « principalement du report de l'examen par le FMI des politiques communes de la CEMAC, plutôt que de défaillances propres au Tchad dans la mise en œuvre du programme ». Approuvée en juillet 2025 pour une durée de 48 mois, la facilité élargie de crédit du Fonds doit accompagner les réformes économiques du gouvernement tchadien et contribuer à couvrir ses besoins de financement.
Des réformes régionales encore en discussion
Les difficultés relevées par Fitch sont également reconnues par les autorités de la CEMAC. Réuni le 5 octobre à N'Djamena, le Conseil d'administration de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a reconnu que des efforts restaient nécessaires pour débloquer les « assurances régionales », ces engagements exigés par le FMI avant de poursuivre l'examen des programmes de financement des pays membres. Tout en saluant les progrès réalisés, la banque centrale a appelé à une reprise des discussions pour permettre au Fonds d'examiner les dossiers en attente. Le 7 octobre, les ministres des Finances de la CEMAC ont à leur tour demandé aux États et aux institutions communautaires d'accélérer les réformes convenues avec le FMI lors d'une rencontre tenue le 8 septembre à Washington. L'objectif est de lever les obstacles qui retardent l'avancement des programmes.
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Selon les informations recueillies par EcoMatin, plusieurs sujets continuent de diviser les deux parties. Le premier concerne la modernisation de la réglementation bancaire, dont les travaux préparatoires accusent du retard. Le FMI attend également un renforcement des effectifs de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), qui compte désormais 94 agents, contre un objectif de 100. Un autre désaccord porte sur le guichet B de la BEAC, un mécanisme permettant aux banques de se refinancer auprès de la banque centrale pour accorder des crédits à moyen terme destinés notamment aux projets industriels. Le FMI souhaite sa suppression, estimant que le financement de tels investissements devrait plutôt relever de la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC). Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, défend pour sa part le maintien de cet instrument. Son utilisation a été gelée en avril, mais aucune décision définitive de suppression n'a été prise.
Les finances publiques constituent un autre point de discussion. Le FMI attend des États de la CEMAC des engagements plus fermes pour réduire leurs déficits budgétaires. Dans leur communiqué du 7 octobre, les ministres des Finances ont ainsi appelé les gouvernements à préparer des budgets 2027 compatibles avec la maîtrise de la dette et la préservation des réserves de change de la sous-région.
Malgré ces difficultés, Fitch prévoit que la dette publique restera proche de 26 % du PIB entre 2026 et 2028, contre 56 % en moyenne pour les pays comparables. Elle table également sur une croissance économique de 4,1 % par an sur cette période. Pour Fitch, le programme du FMI reste essentiel pour soutenir les réformes économiques du Tchad et faciliter son accès à des financements moins coûteux. Mais son avancement dépend désormais aussi de décisions que N'Djamena ne peut prendre seule, notamment celles attendues des autres États et des institutions de la CEMAC.
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