Le 4 mars dernier, Guilo Fanga Mathieu, ministre tchadien du Commerce et de l’Industrie s’est adressé à la presse au sujet de la pénurie de ciment qui sévit actuellement dans le pays. Ce dernier a expliqué que la situation est une conséquence d’un avènement imprévu au niveau de la chaîne d’approvisionnement à Douala au Cameroun. « Depuis le 17 février, il y a eu un incident sur la ligne ferroviaire de Camrail au Cameroun […] La commande (de clinker, ndlr) qui est déchargée au niveau de Douala et transportée par voie ferrée jusqu’au Tchad accuse un retard », a-t-il déclaré à la presse locale.
Le Tchad, ne disposant pas de façade maritime, fait transiter l’essentiel de ses marchandises, notamment les matières premières essentielles à la production du ciment par le corridor Douala-N’Djamena qui comprend une ligne ferroviaire gérée par le concessionnaire du réseau ferroviaire du Cameroun, Cameroon Railways (Camrail).
Camrail conteste
De fait, Camrail reconnaît l’incident mais rejette toute responsabilité sur les causes de la pénurie de ciment au Tchad. « Il y a bien eu un incident sur notre ligne partant de Yaoundé ; un communiqué à cet effet a même été publié. Cependant le problème a été réglé in extremis, moins de 24 heures plus tard et la circulation a été rétablie. Vouloir mettre la pénurie actuelle de ciment au Tchad sur le dos de Camrail pour un incident survenu il y a plus de 2 semaines, c’est tout simplement faire une fuite avant », a exprimé une source au sein de l’entreprise.
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Selon la même source, le Tchad devrait chercher l’origine de son problème d’approvisionnement ailleurs, notamment au niveau de la frontière ou auprès des cimenteries locales. En effet, par le passé, le pays que dirige Idriss Deby a connu des dysfonctionnements dans la disponibilité du ciment en raison de la faible production de la Société Nationale de Ciment (Sonacim). En fin 2023, le ministre tchadien des Mines révélait une chute significative de la production de l’usine passant de 170 000 tonnes en 2021 à 44 672 tonnes en 2022, puis 10 000 tonnes en 2023. La Sonacim, conçue pour produire 200 000 tonnes de ciment par an, fait face à des difficultés d'ordre énergétique, d'équipements, de mauvaise gouvernance et d'intrants depuis le début de la crise économique en 2016 ; raison pour laquelle le gouvernement veut la privatiser.
Flambée des prix
Cependant, la pénurie de ciment au Tchad s’accompagne d’une hausse de 50% des prix du sac de 50 kg, qui sont passés de 8 000 Fcfa à 12 000 Fcfa en près de 2 ans. Contacté par EcoMatin, Brahim Saleh, opérateur économique tchadien et responsable d’une unité de stockage et fourniture de ciment confie que « cette flambée du prix du ciment est faite à dessein par les commerçants qui veulent profiter de l’inflation causée par le Ramadan. Pour ce qui est du rythme de livraison, ce sont les cimenteries qui en sont responsables », accuse-t-il.
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De fait, le Tchad dispose de 2 cimenteries (Sonacim et Cimaf) qui peinent à combler le besoin national estimé à 400 000 tonnes par an. Cimaf Tchad, en activité depuis 2018 et qui a récemment procédé à un relèvement de sa capacité de production [juillet 2024], de 500 000 à 700 000 tonnes, ne parvient toujours pas à approvisionner complètement le marché. Contactée à ce sujet, l’entreprise n’a pas souhaité s’exprimer.
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