Le géant suisse du négoce de matières premières, Trafigura, intensifie ses efforts pour signer un accord commercial avec le Tchad, qui pourrait lui conférer une influence majeure sur l'exportation du brut tchadien. En effet, une correspondance signée de Ben Luckock, DG de Trafigura, datée du 30 juin 2025, révèle la pression du conglomérat sur les autorités de N'Djamena, insistant sur la nécessité d'organiser une réunion à N'Djamena afin de « finaliser rapidement les accords sur l'accord commercial, l'accord de consortium de l'étape conjointe entre UHCL, SHT, et Trafigura. » Ces pourparlers, engagés depuis début 2025, concernent la mise en production du champ de Belanga, développé par la société canadienne UHCL (United Hydrocarbon International Corp).
Selon cette correspondance, le dynamisme de Trafigura s'appuie sur l'avancement du projet Belanga, situé dans le bassin de Doba (sud du pays), désormais jugé « pleinement opérationnel ». Le champ serait prêt à produire entre 2 000 et 3 000 barils par jour – un volume en deçà des 5 000 barils annoncés par le gouvernement en mars. La lettre détaille les progrès techniques : réhabilitation de la base de Belanga, installation d'un système de pompage de 2 200 barils, réfection des infrastructures routières, et réactivation de quatre puits.
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Par ailleurs, l’entreprise précise que ces opérations ont été menées sans aucun incident, en faisant appel uniquement à des prestataires tchadiens, et ont permis de créer plus de 100 emplois locaux et de nouvelles opportunités commerciales. Le géant du négoce insiste sur la nécessité d'un « financement Trafigura et structuré en amont » pour lancer et augmenter la production, se présentant comme un partenaire financier incontournable.
Des ambitions de contrôle et des craintes de « piège" financier »
Concrètement, Trafigura ambitionne d'établir un « contrat d'enlèvement de brut clair et sécurisé ». Cela signifie que le négociant souhaite obtenir un droit exclusif ou prioritaire pour acheter et exporter le pétrole de Belanga, contrôlant ainsi la chaîne logistique depuis le champ jusqu'à sa destination internationale. Pour concrétiser cela, Trafigura demande à devenir le « nouveau shipper » – l'acteur qui organise et gère le transport du brut via les infrastructures existantes, notamment les pipelines de TOTCO et Kome. Cette proposition du négociant inclut également le refinancement d'un accord de prépaiement de pétrole déjà existant entre le Tchad et un autre tiers.
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Au Tchad, cette offre de Trafigura soulève des interrogations auprès de certains observateurs qui y voient une tentative de « remettre le Tchad dans un mécanisme de préfinancement du pétrole, exactement comme avec Glencore ». Pour mieux comprendre, le « mécanisme de préfinancement » consiste, pour un pays producteur, à recevoir une avance financière (un prêt) d'une société de négoce, en échange de laquelle il s'engage à lui livrer une quantité future de pétrole. L'affaire Glencore, citée comme un précédent, avait vu le Tchad s'endetter massivement en hypothéquant des milliards de barils de son futur pétrole contre des prêts, entraînant des "intérêts exorbitants" et une "perte de souveraineté budgétaire". Les critiques estiment que la démarche de Trafigura pourrait entraîner un nouvel "assujettissement budgétaire" et une "perte de contrôle totale sur la chaîne pétrolière", conduisant à la "marginalisation des compétences nationales", selon un média local.
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