Air France n’est plus la compagnie aérienne de référence au Cameroun. Avec 1 365 mouvements d’avions, 243 749 passagers et 5 042 tonnes de fret en 2024, le transporteur français, membre du groupe Air France – KLM, cède le fauteuil de leader dans le ciel camerounais à Ethiopian Airlines. Selon les données contenues dans le rapport 2024 des Aéroports du Cameroun (ADC), gestionnaire du réseau aéroportuaire camerounais, la compagnie nationale d’Ethiopie s’est imposée comme le premier opérateur avec 1 921 mouvements, 259 067 passagers internationaux transportés et 5 880 tonnes de fret (37% du volume total du cargo).
La compagnie éthiopienne domine désormais à la fois le marché international du trafic de passagers et le fret, deux segments sur lesquels Air France régnait encore deux ans plus tôt. En 2022 en effet, Air France détenait encore 20,21% du marché international des passagers de/vers le Cameroun, loin devant Ethiopian Airlines (16,35%) et Brussels Airlines (15,63%). Sur le fret, la compagnie française était également leader, avec 32,22% du marché, contre 23,55% pour Ethiopian et 23,26% pour Brussels.
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En deux ans, le rapport de force s’est inversé : Ethiopian a non seulement rattrapé son retard, mais a pris l’ascendant sur le marché camerounais grâce à une stratégie combinant connectivité intercontinentale et tarifs compétitifs. Air France, de son côté, voit son avance s’éroder, un recul qui traduit un glissement plus large du centre de gravité du transport aérien vers les compagnies africaines.
Une réputation écornée au Cameroun
Ce déclin statistique s’accompagne d’une perte d’image. Air France fait face à des critiques croissantes au Cameroun. En 2024, le président du Groupement des Entreprises du Cameroun (Gecam), Célestin Tawamba, dénonçait dans une lettre adressée au Directeur Général d’Air France Cameroun, des « conditions déplorables » offertes aux passagers. Selon lui, les prix des billets ont connu une hausse unilatérale depuis la période post-Covid-19, atteignant des niveaux prohibitifs sans qu’aucune amélioration du service ne soit constatée.
Les pannes techniques fréquentes et la vétusté des appareils, soulignait-il alors, mettent en péril la sécurité des passagers et génèrent des préjudices significatifs pour les entreprises locales. La qualité des services à bord, jugée en recul, a également été mise en cause, tout comme le confort des passagers et l’efficacité du personnel de bord.
Un recul des performances en Afrique
Cible de critiques persistantes sur la qualité de ses services, la compagnie française incarne ainsi le recul progressif des transporteurs européens en Afrique, face à des rivaux africains de plus en plus offensifs. Au premier semestre 2025, les chiffre du groupe Air France – KLM sont en légère baisse dans le continent : le trafic recule à 1,896 million de passagers contre 1,901 million en 2024 (–0,3%). De même, le taux de remplissage des vols régresse également, passant de 84,8% à 84 %. Un symbole du rééquilibrage en cours dans le ciel africain, où les transporteurs du continent contestent désormais ouvertement l’hégémonie des compagnies européennes.

