Structurellement déficitaire, avec une moyenne annuelle de 324 milliards de Fcfa entre 2016 et 2023, la balance commerciale entre le Cameroun et les pays africains s’est établie à 97,2 milliards de Fcfa en 2023, selon l’Institut national de la statistique (INS). Ce déficit affiche cependant une baisse drastique de 62,3% sur une période d’un an (257,8 milliards de Fcfa en 2022), grâce au raffermissement des exportations du Cameroun cette année-là. Elles ont concrètement atteint 379 milliards de Fcfa, en hausse de 10,6% par rapport à l’année 2022. Les chiffres révélés par l’INS indiquent que le Cameroun doit principalement cette embellie commerciale sur le marché africain, au dynamisme de ses exportations vers deux pays de la Cemac. Il s’agit du Tchad et de la République centrafricaine (RCA).
Lire aussi : Le déficit de la balance commerciale du Cameroun vis-à-vis de l’Afrique se réduit de 160 milliards de Fcfa en 2023
En effet, révèlent les rapporteurs de l’INS, ces deux pays, qui partagent l’espace Cemac avec le Cameroun, le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale, ont capté cumulativement 48,3% des exportations camerounaises en 2023. « Le Tchad est le premier client africain du Cameroun en 2023, avec une part de marché de 39,3%. Il est suivi par l’Afrique du Sud (12,6%), le Nigeria (10,4%) et la République centrafricaine (9%). Les principaux produits exportés vers les pays africains en 2023 sont : les huiles brutes de pétrole (19,2%), le savon de ménage (14,5%), les bois sciés (5,3%), les préparations alimentaires (4,5%) et le riz semi-blanchi (3,3%) », souligne le statisticien officiel du Cameroun.
Il apparaît de ces chiffres qu’au cours de l’année 2023, le Tchad a acheté pratiquement quatre fois plus de marchandises au Cameroun que le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, qui partage avec Yaoundé une frontière longue d’environ 1500 Km. Sur la même période, la RCA, Etat dont la vie a été rythmée ces dernières années par des crises socio-politiques successives, affiche quasiment la même part de marché que le Nigeria, s’agissant des importations depuis le Cameroun. Ce leadership du Tchad et de la RCA en matière de captation des exportations camerounaises, s’explique par l’existence de corridors routiers transfrontaliers entre les trois pays.
Il s’agit du corridor Douala-Ndjamena, reliant la capitale économique camerounaise à la capitale politique du Tchad, et du corridor Douala-Bangui, qui s’ouvre sur la capitale centrafricaine, après la traversée de la région forestière et minière de l’Est du Cameroun. Ces deux corridors, parmi les plus anciens dans l’espace Cemac, permettent de densifier les échanges commerciaux entre les différents pays connectés. En dépit des tracasseries souvent dénoncées par les transporteurs, ainsi que la dégradation, ces dernières années, de la route entre Ngaoundéré et Garoua (Cameroun), sur le linéaire Douala-Ndjamena.
Cependant, au-delà de la fluidification des importations et autres exportations directes entre le Cameroun, d’une part, et le Tchad et la RCA, d’autre part, les corridors routiers Douala-Ndjamena et Douala-Bangui sont des infrastructures névralgiques pour la consommation dans ces deux pays n’ayant pas accès à la mer. En effet, selon la douane camerounaise, environ 405 milliards de FCfa de marchandises tchadiennes (environ 350 milliards de FCfa) et centrafricaines (environ 55 milliards de FCfa) transitent par le port camerounais de Douala chaque année. Elles sont ensuite transportées par route jusqu’au Tchad et en RCA. Deux pays dont la consommation est étroitement liée à l’activité sur les corridors routiers avec le Cameroun.

