À trois mois de l'entrée en vigueur au Gabon de l'interdiction des importations de poulet de chair, prévue le 1er janvier 2027, la mesure n'enchante visiblement pas Washington. Réuni le 18 septembre 2026, le Conseil des ministres a en effet indiqué avoir pris acte de « l'interpellation du Gabon par les États-Unis d'Amérique au sein de l'Organisation mondiale du commerce » au sujet de cette mesure. En réponse, le gouvernement de Libreville se montre déjà paré à toute éventualité. « Afin de prévenir tout contentieux commercial et de préserver les intérêts économiques du pays, le Gouvernement élaborera une stratégie nationale fondée sur les exceptions prévues par les accords de l'OMC et sur la négociation diplomatique », souligne le Conseil.
Dans la pratique, l'entrée en vigueur de cette mesure, annoncée en mai 2025, entraînerait la disparition d'un marché au poids non négligeable. Selon le ministère gabonais du Commerce, la volaille figure en effet parmi les principaux produits alimentaires importés par le pays : en 2023, 82 628,9 tonnes de viandes et abats de volaille frais, réfrigérés ou congelés ont été importées, pour une valeur de 107,1 millions de dollars selon la base WITS de la Banque mondiale ; soit 2,5 % des 4,217 milliards de dollars d'importations totales enregistrées cette même année.
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Ces approvisionnements proviennent en grande partie du Brésil, premier fournisseur du Gabon, avec 15 932,7 tonnes, pour 21,2 millions de dollars. Les États-Unis arrivent immédiatement derrière avec 16 518,8 tonnes, pour 19,9 millions de dollars, suivis du Royaume-Uni (7 101 t), les Pays-Bas (6 949 t) et la Pologne (5 525 t). L’enjeu est donc direct pour Washington dont la volaille représente environ 6,2 % de l’ensemble des exportations de marchandises américaines vers le Gabon en 2023 celles-ci ayant totalisé 318,4 millions de dollars cette année-là (USA Trade Online, 2024).
De fait, la décision du Gabon d'interdire totalement les importations de poulet à partir du 1er janvier 2027 soulève un enjeu commercial majeur au regard des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Si l'article XI du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) interdit en principe les restrictions quantitatives à l'importation, il tolère des exceptions pour la protection de la santé humaine et animale, à condition qu'elles ne soient pas discriminatoires ou des barrières déguisées. Libreville devra donc justifier sa mesure pour éviter des litiges avec ses pays fournisseurs et garantir la compatibilité de ce blocage avec ses engagements multilatéraux.









