Le gouvernement camerounais prévoit une réforme foncière, avec en priorité l’élaboration d’un Plan foncier 2026-2030 et la mise en place d’un module foncier dédié aux investisseurs agricoles. Évalué à 50 milliards FCFA, ce plan s’inscrit dans le Pacte AgriConnect, une initiative gouvernementale soutenue par la Banque mondiale, lancée le 21 octobre dernier et dont le coût global est estimé à environ 1 119,2 milliards de FCFA, soit 1,87 milliard de dollars. Les pouvoirs publics veulent ainsi s’attaquer à la gouvernance foncière, dans un contexte où ils dressent eux-mêmes un état des lieux peu reluisant du secteur : « une seule des 360 communes dispose d’un plan cadastral entièrement numérisé, à savoir Soa dans la région du Centre ; les litiges fonciers représentent environ 85 % du contentieux administratif et 65 % du contentieux civil ; et moins d’un ménage sur cinq détient un titre foncier ».
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Ce tableau sombre recoupe le classement de la Commission nationale anti-corruption (Conac), qui place, pour la deuxième fois consécutive, les affaires foncières en tête des 12 domaines faisant l’objet du plus grand nombre de dénonciations par les usagers : 461 cas, soit 20,4 % des 2 261 cas recensés. La question de l’accès aux terres et de leur sécurisation pour les activités agropastorales se pose avec acuité, comme l’a notamment soulevé le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam). Pour inverser la tendance, le Pacte AgriConnect ambitionne d’immatriculer au moins 500 000 titres fonciers et de mettre en œuvre 80 % des actions prévues dans la réforme foncière d’ici 2030. Le document ne précise toutefois pas si ces 500 000 titres concernent exclusivement les terres agricoles. Cela passe notamment par une première phase de numérisation cadastrale des bassins de production, estimée à environ 3 milliards de FCFA.
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Le gouvernement envisage également de réviser les ordonnances foncières de 1974, socle du régime foncier camerounais, et d’adopter une législation sur les droits fonciers coutumiers, afin de clarifier les droits de propriété et de réduire les litiges qui freinent les investissements. Le Pacte prévoit aussi de renforcer la participation des chefs traditionnels aux commissions foncières, conformément à une circulaire du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) du 20 février 2026.
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Le système d’information foncier doit en outre être progressivement numérisé et rendu interopérable avec le Registre national des producteurs. Un module foncier dédié aux investisseurs agricoles sera mis en place au sein du guichet d’accompagnement des investisseurs, pour traiter leurs besoins de bout en bout, de l’identification des terrains disponibles à la vérification de leur situation juridique, puis à leur mise à disposition. La réforme devrait aussi faciliter l’accès aux financements bancaires grâce à des baux ruraux de longue durée, susceptibles de servir de garanties de crédit : les exploitants pourraient ainsi solliciter des financements sur la base de droits d’exploitation sécurisés, sans nécessairement être propriétaires des terres.
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« Une attention particulière sera portée à l’accès des femmes et des jeunes au foncier rural, notamment dans les régions septentrionales (enregistrement collectif facilité, frais réduits, inclusion dans les protocoles d’allocation aux petits exploitants), ainsi qu’à la coproduction avec le Mindcaf de la cartographie nationale interactive des sols (PAMIC) », précise le document. Autre mesure envisagée : aucun investissement agricole, pastoral, aquacole ou infrastructurel majeur ne devrait être engagé sans vérification préalable de la disponibilité juridique des terres et des droits existants. Cette disposition vise à prévenir les conflits susceptibles de retarder ou de compromettre les projets, notamment lorsque plusieurs acteurs revendiquent les mêmes parcelles.
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Si ces problèmes ne sont pas traités, le nouvel objectif de réduire de 30 % les importations alimentaires d’ici 2030 risque de rester hors de portée, comme celui de les réduire de 40 % à fin 2026. Le programme table en effet sur la sécurisation foncière et domaniale de 3 000 hectares à Mbandjock pour le manioc et le maïs, de 1 500 hectares à Bankim, de 1 000 hectares à Foumbot, ainsi que de 10 000 hectares destinés à la production de semences améliorées de manioc, de maïs et de soja pour les unités de transformation.








