Lancé en novembre 2011 pour mettre progressivement fin au financement direct des États par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), le marché régional des titres publics vient de franchir un cap symbolique. À fin mai 2026, l'encours des bons et obligations du Trésor en circulation atteint 10 020,5 milliards de FCFA, contre un peu plus de 1 000 milliards huit ans plus tôt. Le marché devient ainsi l’une des principales sources de financement des budgets publics dans la CEMAC.
Lire aussi: Marché des titres publics : la dette des États de la CEMAC bondit de 26 % à 9 500 milliards FCFA
Selon la BEAC, le Gabon reste le premier émetteur régional avec 3 104,3 milliards de FCFA d'encours, suivi du Congo (2 966,2 milliards), du Cameroun (1 972,1 milliards), du Tchad (1 145,5 milliards), de la République centrafricaine (428,3 milliards) et de la Guinée équatoriale (404,0 milliards). Le Gabon et le Congo représentent à eux seuls près de 61 % des titres publics en circulation dans la CEMAC, tandis que le Cameroun en concentre près de 20 %. Les obligations du Trésor assimilables (OTA), privilégiées pour les financements de moyen et long terme, représentent désormais 81,3 % de l'encours total.
Exposition souverraine
Mais cette montée en puissance s'accompagne de nouveaux défis. Si les encours continuent de progresser, le coût moyen des emprunts est passé de 8,08 % en avril à 9,73 % en mai, ce qui reste très élevé pour des dettes souveraines en monnaie locale. Ensuite, le taux moyen de souscription aux adjudications a reculé de 77,14 % à 72,08 %, signe d'une demande moins abondante des investisseurs. Par ailleurs les autorités monétaires et le FMI alertent depuis plusieurs années sur la concentration croissante du risque souverain dans les bilans bancaires. Les banques, à travers leur statut de Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), demeurent les principaux détenteurs de titres publics. Selon le FMI, l'exposition cumulée des banques aux États de la CEMAC est passée d'environ 10 % des actifs en 2015 à près de 31 % fin 2023, certains établissements dépassant même 50 % d'exposition aux signatures souveraines.
Lire aussi: Marché des titres publics : le Gabon emprunte désormais trois fois moins cher que le Cameroun
Cette concentration réduit progressivement les marges de financement du secteur privé et pose la question de la capacité du marché primaire à absorber les besoins croissants des États. Les services du FMI plaident notamment pour un développement plus actif du marché secondaire afin de diversifier la base des investisseurs et limiter la dépendance des émissions souveraines aux banques commerciales. L'enjeu est d'autant plus important que les États comptent poursuivre leurs levées de fonds. Les programmes indicatifs transmis à la BEAC prévoient plus de 4000 milliards de FCFA d'émissions en 2026 pour financer infrastructures, déficits budgétaires et refinancement des échéances arrivant à maturité.

