Les rendements des titres publics gabonais ont enregistré une baisse spectaculaire en l’espace d’un an, traduisant un retournement inédit de la perception du risque sur le marché régional de la dette. Selon les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le taux moyen sur les obligations à 10 ans est tombé à 3,57 % en mars 2026, contre plus de 9 %. Traduction : le Gabon emprunte aujourd’hui près de trois fois moins cher qu’il y a un an.
Sur l’ensemble de la courbe, les taux baissent progressivement à mesure que la maturité s’allonge. Seules les maturités courtes restent élevées, avec 6,12 % à 3 mois et 7,18 % à 6 mois, traduisant des tensions persistantes à court terme.
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Dans ce contexte, le Gabon se distingue nettement en zone CEMAC. À maturité comparable, le pays emprunte désormais bien moins cher que le Cameroun, première économie de la région. À 10 ans, l’écart dépasse 6 points de pourcentage, les rendements camerounais frôlant 10 %. Même à 5 ans, le différentiel reste significatif, de l’ordre de 4 points.
Regain d’intérêt
Cette évolution s’appuie sur un regain marqué d’appétit des investisseurs pour la signature gabonaise. Lors d’une récente opération, les souscriptions ont atteint plus de 276 milliards de FCFA, pour un montant retenu de 210,6 milliards, illustrant une demande largement supérieure à l’offre. Le Trésor est même parvenu à lever 100 milliards de FCFA sur une obligation à 5 ans à un taux de 5,75 %, sans décote, une première sur le marché régional .
Au-delà du marché domestique, cette baisse des taux s’inscrit dans un environnement financier plus favorable. Fin avril, le Gabon a conclu un nouveau programme de 150 millions de dollars avec la Banque mondiale, portant l’engagement total de l’institution à 600 millions de dollars. Dans le même temps, le Fonds monétaire international (FMI) a salué les récentes opérations de mobilisation de fonds du pays, jugées efficaces pour soutenir les investissements publics et stabiliser la trésorerie.
Les autorités ont également multiplié les opérations de financement, dont un accord avec le négociant Trafigura ayant suscité plus de 3,3 milliards de dollars d’offres, ainsi que plusieurs levées sur le marché domestique, pour un total estimé à près de 4 300 milliards de FCFA ces derniers mois.
Cameroun : une trajectoire inverse
En parallèle, le gouvernement a annoncé le lancement d’un audit de la dette publique, avec l’appui du FMI, visant à clarifier le niveau réel des engagements de l’État et à corriger les irrégularités passées. Cette initiative, saluée par les partenaires internationaux, participe également à restaurer la crédibilité financière du pays.
À l’inverse, le Cameroun fait face à un durcissement généralisé de ses conditions d’emprunt. Les rendements de ses titres publics ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis au moins deux ans, avec près de 9,98 % sur les maturités longues et plus de 9,7 % sur les échéances intermédiaires, traduisant une hausse de la prime de risque exigée par les investisseurs.
Dans ce contexte, la position du Gabon, désormais moins coûteux que le Cameroun sur certaines maturités, marque un renversement notable dans la hiérarchie des signatures souveraines en CEMAC.














