Inscrit sur la liste « grise » du Groupe d’action financière (GAFI), l’observatoire international de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, le Cameroun annonce un plan de sortie. Dans une interview parue le 29 octobre dans le quotidien à capitaux publics, « Cameroon tribune », Hubert Nde Sombone, le directeur de l'Agence nationale d'investigation financière (Anif), déroule son plan d’action avec une échéance fixée en 2026. « Nous nous fixons nous-mêmes comme date butoir la fin 2026. Nous allons nous battre pour que le Cameroun sorte de cette liste à cette date », déclare le responsable.
Comme plan d’action pour sortir de la fameuse liste « grise », le directeur de l’Anif annonce la supervision des organisations à but non lucratif suivant une approche basée sur les risques de financement du terrorisme. « Un groupe de travail interministériel mis en place au niveau du ministère de l'Administration territoriale a produit un rapport d'évaluation des risques d'utilisation abusive des organismes à but non lucratif (OBNL) à des fins de financement du terrorisme ; mais ce travail n'a pas été validé par le Gafi qui a recommandé certains amendements. Le travail se poursuit à ce niveau parce qu'il faut également former les superviseurs des OBNL. », explique Hubert Nde Sombone.
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Il souligne qu’en plus de la supervision des organisations à but non lucratif, il y a d'autres actions résiduelles, comme la mise en œuvre des sanctions financières ciblées du Conseil de sécurité des Nations unies, en matière de prévention du financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive. Dans cette veine, à la suite du Règlement Cemac du 20 décembre 2024 sur les sanctions financières ciblées, le ministre camerounais des Finances a mis en place la Commission nationale consultative sur le gel administratif, qui est l'organe opérationnel dans ce domaine. Il faudrait donc former les membres de cette Commission sur leurs missions, et élaborer des protocoles efficaces de mise en œuvre des sanctions financières ciblées.
Concernant la question de la gestion des avoirs criminels gelés, saisis ou confisqués, Hubert Nde Sombone affirme que, jusqu'à date, la Société de Recouvrement des créances (SRC) remplit partiellement cette mission. Il est donc désormais question de revoir son texte organique pour élargir ses compétences au sens des exigences du Gafi. Le directeur de l’Anif déclare à cet effet : « Un projet de décret a été élaboré pour cette fin. Il y a aussi le problème des poursuites et condamnations en matière de blanchiment des capitaux. Le ministre d'Etat, ministre de la Justice a pris une circulaire instruisant les procureurs généraux de systématiser les enquêtes parallèles pour blanchiment des capitaux sur toutes les affaires portant sur la criminalité financière. Les experts du Gafi estiment que le niveau de mise en œuvre de cette instruction du ministre de la Justice est encore loin d'être satisfaisant ».
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Le 23 juin 2023, le Gafi a décidé d’inscrire le Cameroun, la Croatie et le Vietnam sur la liste « grise des pays sous surveillance renforcée ». Il s’agit des pays présentant des « déficiences stratégiques dans leurs régimes » de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, mais qui ont pris l’engagement de travailler avec le Gafi pour y remédier, afin de ne pas être black-listés à l’international. Si le Cameroun ne sort pas de cette liste grise, les banques étrangères pourraient suspendre toute transaction avec leurs correspondants dans le pays.
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