Comme Paul Biya, Maurice Kamto, Akere Muna et bien d’autres, l’adresse de nouvel an de Cabral Libii aux Camerounais du 31 décembre était un véritable discours de campagne électorale. Politique, économie, gouvernance, sécurité…Le président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn) a abordé un certain nombre de problématiques qui rendent compte de la crise multiforme que traverse le Cameroun et qui l’ont plongé « dans un état de délabrement avancé ». Sur la gouvernance, par exemple, il évoque le scandale des détournements massifs (« plus de 300 milliards Fcfa volés ») dans le cadre de la construction des stades liés à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (Can) qu’a accueillie le Cameroun en 2021, le scandale dans la lutte contre le Covid-19 (« près de 100 milliards détournés »), le scandale dans la construction et l’entretien des routes (« plus de 3000 milliards volés »), le scandales dans la vente de notre pétrole (« près de 800 milliards pillés »), le scandale dans l’aménagement urbain (« il vaut mieux ne pas donner les chiffres, c’est honteux pour une femme »), ou encore le scandale au sommet de l’Etat « où de forts soupçons de trafics en tous genres impliqueraient les plus proches collaborateurs et la famille du chef de l’Etat ».
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L’opposant politique et député de la nation a appelé ses compatriotes « à stopper la tragédie » en cette année 2025 qui arrive avec « l’espoir d’avoir un nouveau président et un pouvoir de rupture qui va offrir aux camerounais justice sociale, partage équitable des fruits de la croissance, développement réel, respect de l'état de droit, sécurité juridique des citoyens [et] démocratie véritable ». Alors que la filière coton-textile-confection-cuir, hautement prometteuse il y a quelques décennies, demeure structurellement faible avec une contribution de moins de 0,10% au Pib, Cabral Libii promet d’en faire un segment très important du tissu industriel national et réduire à leur plus simple expression les importations de friperie qui ont coûté jusqu’à 22 milliards Fcfa en 2022. « Nous allons transformer Sodecoton (Société de développement du coton) et Cicam (Cotonnière industrielle du Cameroun) pour en faire un géant de l’industrie textile et assurer la transformation locale de notre coton qui est parmi les meilleurs du monde. Cette industrialisation du secteur du coton permettra de mieux payer nos cotonculteurs. Nous avons déjà étudié l’ouverture des filières textiles dans le secondaire et le supérieur. Le Brésil propose de nous accompagner dans l’industrie du coton, du textile et de la mode qui va former et employer 500.000 Camerounais. D’autres pays nous ont fait des propositions dans divers domaines et nous allons optimiser et diversifier la coopération internationale », assure celui qui en sera à sa deuxième participation à un scrutin présidentiel.
Il cite également le bois comme un autre secteur auquel il accordera « une attention particulière » s’il est élu président de la République en octobre prochain. « Pendant plus de 20 ans, ce gouvernement a trompé les Camerounais en disant qu’il stoppait l’exportation des billes de bois. Mais, avec la bénédiction et la complicité du ministre des Forêts, nos dirigeants et leurs enfants n’ont fait que piller nos forêts et s’enrichir de manière insolente. La Sofibel, Ecam-Placage, SFID [aujourd’hui presque toutes en faillite, Ndlr] et quelques autres recevront du gouvernement les facilités et crédits suffisants pour la transformation locale du bois, et continuer de faire vivre les milliers de Camerounais abandonnés à Belabo, Dimako, Mbalmayo ou Mbang. Cette transformation locale de notre bois va générer 35000 emplois bien rémunérés. 30 lycées techniques et 04 universités formeront dans les métiers de la filière bois », annonce Cabral Libii. Qui ajoute, s’agissant du marché à créer pour la bonne santé de ce secteur, que « toutes les commandes de mobilier des administrations et services publiques et des sociétés d’Etat seront réservées exclusivement aux fabricants locaux. Et au moins 35% de la commande publique sera réservée aux produits made in Cameroon ».
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Dans le secteur minier, il promet de renforcer les capacités de la Société nationale des mines (Sonamine) « pour une plus grande participation dans les projets miniers, la garantie d’un transfert des technologies, un contrôle plus grand dans la recherche de l’or et l’exclusivité de l’achat de la production artisanale et industrielle nationale. Le pillage et l’exploitation sauvage de l’or par des individus sans foi ni loi sera stoppée. Nous pourrons alors multiplier par 10 au moins notre production d'or et améliorer les conditions de vie des orpailleurs », promet-il. Renforcerons les mesures de transparence dans la gestion de la Société nationale des hydrocarbures (Snh) fait également partie de ses priorités. De même, « la Sonara [Société nationale de raffinage, Ndlr] pour laquelle le gouvernement prélève à nouveau depuis un an une taxe spéciale pour sa reconstruction et dont l'argent collecté jusqu'ici n'est visible nulle part, sera reconstruite à 400 milliards. Le raffinage au Cameroun de notre pétrole permettra de baisser le prix du carburant à la pompe, de réaliser d’importantes recettes et commencer à rééquilibrer notre balance commerciale. En attendant, nous allons négocier le raffinage de notre brut dans les pays voisins ».
Dans le domaine de l’agriculture et de l’agroalimentaire, le leader du Pcrn ambitionne d’installer 60 unités de production de farines à base de patates, ignames et manioc la première année, et le double l’année suivante dans les principaux bassins de production. Et de doter chaque arrondissement d’un camion 4X4 à haute suspension. « Son travail sera d'aider nos agriculteurs à transporter leurs produits vivriers des champs jusque dans les marchés », explique-t-il. Last but not least, Cabral Libii annonce la fin de l’impunité pour ce qui est des détournements de deniers publics et la corruption. « Nous allons affecter prioritairement les fonds récupérés dans les procès Glencore, Bourbon, Covid-19, routes et complexes sportifs, estimés à 1.800 milliards au paiement des arriérés et salaires des enseignants et personnels de santé », déclare-t-il.

