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Cameroun : 2 ans après la dernière épizootie de grippe aviaire, la filière avicole a du plomb dans l’aile

Flambée des matières premières destinées à la fabrication de la provende, rareté des poussins d’un jour, absence de soutien de l’Etat…le secteur est traversé par une crise d’une ampleur sans précédent.

Publiée mercredi 13 novembre 2024 à 15:45:49Modifiée mercredi 13 novembre 2024 à 15:45:51Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Des poulets à la ferme
Des poulets à la ferme

La filière avicole camerounaise traverse une crise d'une ampleur sans précédent, exacerbée par les épizooties d'influenza aviaire survenues en 2016 et 2022, ainsi que par la flambée des coûts des matières premières, notamment le maïs et les tourteaux de soja. Cette situation dramatique menace la pérennité du secteur avicole et a des répercussions sur l'ensemble de la chaîne de production. Une note sur la situation de la filière émanant de l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic) fait état de ce que le maïs, qui représente environ 50% de l'aliment complet pour les volailles, a subi une forte augmentation de prix. Sa production, au plan national, a été affectée par une faible pluviométrie et le coût élevé des engrais organiques, entraînant une production très insuffisante depuis 2022. Conséquence, le prix du maïs a ainsi bondi, passant de 130 Fcfa le kg en janvier 2020 à 310 Fcfa depuis mai 2024, soit une augmentation de 138,4 %. « Cette flambée des coûts se traduit directement par une hausse des coûts de productions du poulet et des œufs, rendant l'aviculture peu rentable pour de nombreux éleveurs », signale l’Ipavic.

Lire aussi : Elevage : le gouvernement veut mettre en place une assurance avicole

Les indicateurs de production dans la filière avicole indiquent un effondrement des effectifs s’agissant, notamment, des poussins d’un jour. L’on est ainsi passé d’une performance de 900.000 poussins en 2016, considérée comme l'âge d'or de la filière, à seulement 400. 000 en 2024. Le nombre de pondeuses a également chuté de 9-10 millions à 5 millions aujourd’hui. L’Ipavic signale tire la sonnette d’alarme en signalant qu’actuellement, à peine 200.000 reproducteurs (parentaux) sont en activité à travers le pays, et les mises en place (investissements) prévues pour la fin de l'année ne répondent pas aux besoins anticipés pour 2025. « Face à cette situation critique, de nombreux aviculteurs ont été contraints d'abandonner la filière au profit d'autres activités génératrices de revenus », regrette l’Ipavic. Entre autres structures de premier plan à avoir mis la clef sous le paillasson, la « Maison des œufs», « Henri et Frères », etc.

Lire aussi : Filière avicole : le marché local de la volaille de nouveau accessible aux aviculteurs

« La situation actuelle de la filière avicole au Cameroun est alarmante et nécessite une intervention urgente de la part des autorités et des acteurs du secteur. Il est impératif de mettre en place des mesures pour stabiliser les coûts des matières premières et soutenir les éleveurs afin de préserver cette filière essentielle pour l'économie camerounaise et garantir sa survie », lance l’Ipavic. Pour mémoire, dans le domaine de l’élevage industriel au Cameroun, la filière avicole était jusqu’en 2016 la mieux structurée du pays. Après la crise de 2006, elle avait réussi, grâce à une meilleure organisation et surtout à un important appui du gouvernement, à passer d’une production annuelle d’environ 15 millions de poulets à 45 millions en 2013. Pour 2016, l’objectif du secteur était de produire 50 millions de poulets. Mais celui-ci n’a jamais été atteint, le secteur ayant été frappé au cœur : 75% du cheptel du complexe avicole de Mvog-Betsi, à Yaoundé, avait été décimé.

Par ailleurs, à la suite de la découverte du virus H5N1 sur des poulets morts dans certaines fermes dans la région de l’Ouest qui pèse 80% de la production nationale, en mars 2017, le gouvernement avait interdit la circulation de cette volaille d’une région à une autre et avait immédiatement lancé une nouvelle campagne d’abattage.  L’Ipavic a chiffré les pertes financières occasionnées par cette crise aviaire à hauteur de 16 milliards Fcfa au moins. Et pour la relance de la filière, cet organisme avait sollicité des pouvoirs publics qu’ils mettent des moyens à la disposition des acteurs pour leur permettre de relancer leurs activités. Car, faut-il le rappeler, la plupart des fermes, du moins les plus importante du pays, avaient fermé du fait de l’interdiction de la commercialisation du poulet.

Lire aussi : Elevage : la filière avicole dans la tourmente à l’Est

L’Etat a été appelé à la rescousse pour intervenir pour intervenir sur plusieurs rubriques : importer les œufs à accouver (Oac) pour produire des poussins de chair (environ 5 millions) à revendre aux aviculteurs à moindre coût et importer du maïs, la principale matière première dans la fabrication de la provende, à hauteur de 17 500 tonnes. Il était également attendu de l’Etat le déblocage de 450 millions Fcfa au profit des aviculteurs pour l’achat des produits phytosanitaires. Cet effort de guerre n’a jamais été apporté par le ministère de l’Elevage, des Pêche et des Industries animales (Minepia).

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