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Business et Entreprises

Cameroun : 4 entreprises sur 10 menacées de défaut bancaire après les tensions post-électorale

Selon le GECAM, près de 40 % des entreprises endettées ne sont plus en mesure d’honorer leurs échéances bancaires, faisant planer un risque accru de défaut qui pourrait, à terme, contraindre les banques à resserrer l’accès au financement et freiner la reprise économique.

Publiée vendredi 9 janvier 2026 à 15:00:45Modifiée vendredi 9 janvier 2026 à 15:00:47Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Une vue du centre-ville de Yaoundé
Une vue du centre-ville de Yaoundé

La crise post-électorale de fin octobre et début novembre 2025 au Cameroun ne se limite plus aux perturbations de l’activité réelle. Elle gagne désormais le secteur financier, avec un risque de crédit que le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) juge préoccupant. Dans un rapport consacré aux conséquences économiques de la crise, la plus grande organisation patronale du pays alerte sur une fragilisation rapide de la solvabilité des entreprises, susceptible de se traduire, à court terme, par un resserrement du crédit bancaire. Selon le document, près de 40% des entreprises endettées, entre 37% et 39,7% selon les déclarations recueillies par l’enquête, indiquent ne plus être en mesure d’honorer leurs remboursements selon l’échéancier initial. Un signal d’alerte pour les banques, dont les portefeuilles de crédits sont exposés à une montée du risque de défaut.

Lire aussi : Cameroun : les "villes mortes" ont coûté 43,3 milliards FCFA au fisc (GECAM)

Si la situation perdure, la dégradation de la qualité des actifs pourrait contraindre les établissements de crédit à renforcer leurs provisions, au détriment de leur capacité à financer l’économie. L’analyse sectorielle réalisée par le GECAM met en lumière une crise de solvabilité particulièrement aiguë dans les secteurs productifs. La construction apparaît comme le maillon le plus fragile : 71,4% des entreprises du secteur sont en situation de défaut bancaire potentiel. L’industrie (53,8%) et le transport (54,5%) suivent de près, confirmant que les secteurs à forte intensité capitalistique sont les plus durement touchés par l’arrêt ou le ralentissement des activités. Plus inquiétant encore pour le système bancaire, une part significative des entreprises industrielles et de transport estime que les solutions de rééchelonnement proposées sont insuffisantes. Respectivement 45,7% et 52,4% de ces acteurs jugent qu’un simple report des échéances ne permet pas un véritable redémarrage.

Leur besoin prioritaire porte sur des injections de liquidités fraîches, faute de quoi le risque de défaut pourrait se matérialiser rapidement dans les bilans bancaires. Le GECAM va plus loin en identifiant un risque de « défaillance globale », c’est-à-dire, des entreprises incapables de faire face simultanément à leurs obligations fiscales, sociales et bancaires. Sur l’ensemble de l’échantillon, 30,4% des entreprises se trouvent dans cette situation, soit près d’un tiers du tissu économique national techniquement insolvable. Une telle proportion alimente la crainte d’un choc systémique, dans lequel les difficultés des entreprises se transmettraient directement au secteur financier. Les foyers de ce risque systémique se concentrent dans la Production, notamment l’industrie (43,6%), le transport (45,5%) et la construction (42,9%), où près d’un acteur sur deux pourrait subir des effets durables de la crise. Le Commerce reste également très exposé, avec 32,3% d’entreprises en défaillance globale.

Lire aussi : Cameroun : plus de 200 milliards FCFA de pertes pour les entreprises après les tensions post-électorales (GECAM)

À l’inverse, les banques (6,3%) et l’agriculture (0%) ne présentent pas, à ce stade, de risque immédiat de faillite totale, sans pour autant être à l’abri d’un effet de contagion. Pour le patronat, l’enjeu est clair : sans mesures rapides de soutien à la trésorerie des entreprises et de partage du risque entre l’État, les banques et le secteur privé, la crise post-électorale pourrait déboucher sur une véritable crise du crédit. Un scénario qui freinerait la reprise économique et installerait durablement la défiance entre les banques et les entreprises, au moment même où l’économie camerounaise a besoin d’un financement soutenu pour se relever.

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