Avant même le déclenchement de la crise post-électorale consécutive au scrutin présidentiel du 12 octobre 2025, l'économie camerounaise évoluait dans un environnement marqué par des fragilités structurelles persistantes. Le tissu entrepreneurial présentait une solidité limitée : 65% des entreprises se déclaraient dans une situation vulnérable ou intermédiaire, tandis que 58% faisaient déjà face à des difficultés liées à la hausse du coût des entrants, aux contraintes d'accès aux appareils et aux insuffisances de l'approvisionnement en énergie électrique. C'est dans ce contexte de résilience affaiblie qu'est survenue une crise d'une ampleur inédite, amplifiant brutalement les vulnérabilités existantes. Le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) retrace dans une évaluation la chronologie de cette crise post-électorale articulée autour de trois phases successives : une montée des tensions du 12 au 25 octobre, une intensification des troubles du 26 au 30 octobre, puis une contraction aiguë de l'activité économique dominée par les opérations dites de « villes mortes » du 3 au 5 novembre 2025. Cette évaluation se concentre exclusivement sur cette dernière période jugée critique, sans intégrer les évolutions économiques ultérieures.
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La plus grande organisation patronale du Cameroun note que l'épicentre de la crise a été la ville de Douala, capitale économique du pays, où se concentre près de 67 % du chiffre d'affaires national. Les régions du Littoral, du grand Nord, du Sud-Ouest, de l'Est et de l'Ouest ont également été fortement affectées, dans un contexte d'instabilité sécuritaire accrue, de perturbation des chaînes d'approvisionnement et de diminution nette de la demande. Le choc économique enregistré par le secteur privé est majeur, la crise ayant entraîné une contraction moyenne du chiffre d'affaires de 33,5%, correspondant à une perte directe estimée à 202,2 milliards Fcfa, soit environ 0,6% du PIB projeté en 2025. À elle seule, la ville de Douala concentre près de 80% de ces pertes, avec un manque à gagner quotidien évalué à 22,4 milliards Fcfa durant la période critique. Au total, 94% des entreprises impliquées déclarent avoir été affectées, directement ou indirectement, par les événements.
En moyenne, 6,9 jours d'activité ont été perdus, traduisant une paralysie quasi générale de l'appareil productif formel. Les impacts sectoriels révèlent une forte hétérogénéité. Les secteurs les plus touchés sont l'hôtellerie et la restauration, avec une chute moyenne du chiffre d'affaires de 53,4%, suivis de la construction (–44,6%) et de l'industrie et de l'énergie (–39,8%). Le GECAM souligne que les activités dépendantes des flux physiques et logistiques ont été particulièrement exposées. Par ailleurs, 24 entreprises de l'échantillon, soit 8%, ont signalé des dommages matériels (vols, destructions, incendies), pour un montant évalué à 9 156 milliards Fcfa, le commerce et la distribution parmi les secteurs les plus affectés.
Blocage logistique, inflation des coûts et arrêts massifs d'activité
La crise s'est traduite par un blocage marqué des flux logistiques, affectant notamment l'agriculture (86% des entreprises concernées) et l'industrie (74%). Cette désorganisation a entraîné une hausse généralisée des coûts : les entreprises déclarent une inflation moyenne de 20,1%, atteignant 32,5% dans le secteur agricole. Dans ce contexte, 75% des entreprises ont connu des arrêts totaux d'activité sur la période actuelle. La combinaison de l'effondrement des ventes et de la flambée des coûts a provoqué un assèchement brutal de la trésorerie. Ainsi, 44% des déclarations des entreprises ne plus être en mesure d'honorer leurs obligations fiscales, 45% de leurs charges sociales et 40% de leurs échéances bancaires. Plus préoccupant encore, 30,4% des entreprises se trouvent en situation de « défaillance globale », incapables de faire face simultanément à ces trois catégories d'engagements, faisant peser un risque significatif de faillites en chaîne sur le tissu productif formel.
Relance économique
Sur le plan social, la pression financière a conduit 17,3% des entreprises à progresser à des réductions d'effectifs. Au-delà des suppressions d'emplois, 56% des structures signalent une dégradation notable du climat social et du fonctionnement interne. Le climat des affaires est jugé fragile, critique ou très préoccupant par 81% des dirigeants, tandis que 39% expriment un sentiment de pessimisme ou de détresse, proportion atteignant 50% dans l'hôtellerie-restauration. Face à une crise d'une sévérité exceptionnelle, le GECAM identifie plusieurs leviers prioritaires de relance économique. Les chefs d'entreprise plaident en premier lieu pour des mesures fiscales d'urgence, incluant des allègements ciblés, un moratoire sur les contrôles et le rapport des échéances afin de soulager la trésorerie. Un soutien financier direct est également jugé crucial, à travers la mobilisation de subventions et de lignes de crédit, avec une attention particulière portée aux TPE et PME, qui concentrent les besoins les plus urgents.
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La réhabilitation des infrastructures productives endommagées et le renforcement de la sécurisation des zones économiques apparaissent comme des conditions essentielles à la reprise. Enfin, une mesure d'apaisement logistique, consistant en la suspension temporaire des contrôles routiers sur les principaux corridors, est proposée afin de rétablir rapidement la fluidité des échanges.








