La Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun vient de publier trois audits qui dressent un tableau préoccupant de la gestion des affaires publiques dans plusieurs collectivités territoriales décentralisées du pays. Les contrôles menés entre 2020 et 2023 au sein des communautés urbaines de Garoua et de Nkongsamba, ainsi que de la commune de Makenene, mettent en lumière un ensemble de dysfonctionnements structurels et de pratiques contraires aux règles de la gestion publique. Premier constat général : la planification budgétaire demeure largement défaillante. À Garoua, les magistrats financiers relèvent que les prévisions budgétaires ne reposent sur aucune base réaliste, rendant les documents financiers peu crédibles. Même constat à Nkongsamba, où les dépenses sont souvent sous-exécutées faute de programmation adéquate, tandis que les recettes stagnent à des niveaux faibles. La commune de Makenene, située dans la région du Centre, n’échappe pas à cette tendance, avec une comptabilité jugée fragile et mal structurée.
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Les rapports révèlent également l’absence quasi-totale de mécanismes de contrôle interne. À Garoua, l’inspection générale des services est restée inopérante durant toute la période auditée. À Nkongsamba, les organes de gouvernance sont qualifiés d’« inefficaces » par la juridiction des comptes, tandis qu’à Makenene, le système d’information budgétaire fonctionne toujours sans informatisation, exposant les finances locales à des risques de perte de données et d’erreurs. Les irrégularités dans la passation et l’exécution des marchés publics constituent un autre point noir commun. Dans la commune de Makenene, plusieurs projets ont été payés sans avoir été physiquement réalisés ou avec une qualité largement insuffisante. À Garoua, la gestion du ramassage des déchets est épinglée pour absence d’études préalables fiables, entraînant des écarts entre les volumes payés et ceux réellement collectés.
L’autofinancement en chute libre
Nkongsamba n’est pas en reste, avec de nombreux chantiers retardés, une voirie en dégradation avancée et des services publics défaillants. L’incapacité des collectivités à mobiliser efficacement leurs ressources propres accentue les fragilités financières. Nkongsamba illustre bien ce problème, avec un autofinancement courant qui est passé de 36,8% en 2022 à un inquiétant –6,4 % en 2023. La Chambre des comptes note que la dette locale est par ailleurs mal documentée, rendant difficile toute évaluation précise de la situation financière. Face à ces constats, l’institution a formulé des dizaines de recommandations allant du renforcement des contrôles internes à la modernisation des systèmes comptables, en passant par une plus grande transparence dans la commande publique. Mais un défi de taille demeure : l’application concrète de ces recommandations. Sans volonté politique, moyens adéquats et sanctions effectives, préviennent les magistrats, les mêmes irrégularités risquent de se reproduire dans les exercices à venir.
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Ces rapports dressent ainsi un portrait sans concession de la gouvernance locale au Cameroun : entre budgets irréalistes, mauvaise gestion des marchés publics et défaillances administratives, les collectivités auditées peinent encore à incarner l’idéal de décentralisation efficace prôné par les pouvoirs publics.
Jean Omer Eyango

