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Cameroun : la Chambre des comptes accuse Camtel d’avoir bradé son indépendance aux chinois Huawei et Eximbank

La haute juridiction signale entre autres des dettes de 412,1 milliards Fcfa détenue à 90% par la Banque d’import-export de Chine sans convention d’emprunt, 12,6 milliards Fcfa vis-à-vis de son personnel, en hausse de 241%, alors que les effectifs n’ont progressé que de 8% sur la même période. Elle s’inquiète également de ce que faute de convention écrite, HUAWEI gère directement les équipements, détient les codes d’accès et effectue des maintenances coûteuses, sans contrôle de l’opérateur.

Publiée jeudi 28 août 2025 à 16:09:26Modifiée jeudi 28 août 2025 à 17:11:32Temps de lecture 6 minPar Jean Omer Eyango

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Entre 2015 et 2021, Cameroon Telecommunications (Camtel) a enregistré une forte progression de ses performances financières. Son chiffre d’affaires est passé de 91,2 à 151 milliards FCFA, soit une hausse de 65,6 milliards FCFA. Dans le même temps, son résultat net a plus que doublé, passant de 3 à 7,2 milliards FCFA. L’entreprise publique, qui employait 3 630 personnes en 2021, a notamment mis en œuvre le Programme national Broadband Network (NBN) et le projet Camtel Mobile, avec pour ambition de moderniser son réseau et d’étendre l’accès à l’internet haut débit sur l’ensemble du territoire. Il s’agit, toutefois, d’une croissance en « trompe-l’œil ». C’est du moins ce qu’estime la Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun, dans un audit de l’opérateur public des télécommunications, qu’elle a réalisé sur la période sous revue. Entre autres zones d’ombre qui fragilisent la gouvernance et la pérennité de l’opérateur national, la juridiction des comptes souligne d’abord l’incertitude qui entoure la dette bancaire de Camtel, évaluée à 412,1 milliards FCFA au 31 décembre 2021. Il apparaît dans son rapport que près de 90% de cette dette est liée à Eximbank of China, « sans conventions d’emprunt dûment enregistrées ».

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Non seulement cette dette ne fait pas l'objet d'enregistrements appropriés en comptabilité, fait savoir la Chambre. « Les échanges d'informations avec la Caisse autonome d'amortissement [l’entreprise qui gère la dette publique, NDLR] en ce qui concerne son remboursement apparaissent insuffisants », révèle la Chambre des comptes. Cette coopération jugée insuffisante avec la CAA, ajoute la juridiction, « complique encore le suivi de ces engagements financiers ». Autre inquiétude : la dépendance de Camtel vis-à-vis du constructeur chinois Huawei, chargé depuis 2011 de fournir et maintenir ses systèmes d’information. En effet, faute de convention écrite, Huawei gère directement les équipements, détient les codes d’accès et effectue des maintenances coûteuses, sans véritable contrôle de l’opérateur. La Chambre des comptes considère que cette situation met en péril l’indépendance de l’entreprise et recommande l’élaboration urgente d’une convention redonnant la pleine maîtrise de ses infrastructures à Camtel.

Des investissements peu rentables dans les câbles sous-marins

La Chambre des comptes remet également en question les investissements lourds réalisés dans trois câbles sous-marins mis en service depuis 2015, à savoir le WACS, le NCSCS et le SAIL reliant le Cameroun au Brésil. Selon le rapport, leur taux d’utilisation restait très faible fin 2021 avec 18,5%, 1,25% et 0,31%, respectivement. L’exemple du câble SAIL est particulièrement préoccupant selon les auditeurs de la Chambre des comptes. Son coût a atteint 99,66 milliards FCFA, mais il demeure quasiment inutilisé, rendant sa rentabilisation incertaine. Autre point de fragilité soulevé par la Chambre des comptes, la dette de Camtel vis-à-vis de son personnel a explosé, passant de 3,7 milliards FCFA en 2015 à 12,6 milliards FCFA en 2021, soit une hausse de 241%, alors que les effectifs n’ont progressé que de 8% sur la même période.

Lire aussi : Cameroun : Camtel et le Minsanté annoncent un projet de 11 milliards FCFA pour interconnecter les hôpitaux

Sur la question, la juridiction dénonce des irrégularités dans les recrutements, des surclassements injustifiés, et l’absence d’authentification systématique des diplômes. Autre dette qui soulève des interrogations, c’est celle envers la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), qui atteignait 17,9 milliards FCFA fin 2021. Un début de solution a heureusement été trouvé entre les deux institutions, qui a permis qu’après plusieurs années de suspension des prestations sociales, un accord de remboursement ait échelonné jusqu’en mai 2028. La Chambre des comptes pointe, enfin, l’absence de comptabilité analytique, qui empêche Camtel de mesurer précisément la rentabilité de ses différentes activités (fixe, mobile, internet, transport). Elle appelle, en conséquence, la direction générale à corriger rapidement cette lacune, qu’elle juge incompatible avec les ambitions de croissance affichées de l’entreprise.

En guise de recommandations, la juridiction des comptes demande à l’opérateur public des télécommunications de mettre en place une comptabilité analytique pour connaître la contribution de chaque activité à la formation de la valeur ajoutée et du résultat, améliorer fortement le pilotage de l'entreprise, et enfin de se conformer aux obligations de la convention de concession du 12 mars 2020. Elle lui demande également de veiller d'une part à la réalisation totale du programme NBN, conformément au projet initial et d'autre part, à la levée de toutes les contraintes qui entravent son achèvement, signer une convention avec Huawei visant à sécuriser les relations contractuelles entre les deux parties et prévoyant expressément que l'exploitation des matériels informatiques est du ressort exclusif de la Camtel.

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Enfin, l’entreprise est appelée à mettre la gestion des ressources humaines au cœur des priorités, en résorbant rapidement la dette due au personnel et à la CNPS, et à exiger de la banque Eximbank of China et de la CAA tous les éléments contractuels (contrats de prêts signés, tableau d'amortissement des emprunts, calcul et paiement des intérêts courus) qui permettent un suivi de la dette de la Camtel vis-à-vis de la banque chinoise, et à assainir la gestion des comptes bancaires afin d'assurer une information fiable sur lesdits comptes et une gestion plus rigoureuse et efficace des opérations qui y sont effectuées.

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