La Compagnie camerounaise de l’aluminium (Alucam) pourrait bientôt changer de main. Selon les informations de Africa Business+, le groupe suisse Bathco a soumis au gouvernement camerounais une offre de rachat portant sur 80% du capital de l’unique fonderie d’aluminium de la zone CEMAC, pour un montant de 78,7 milliards FCFA (environ 120 millions d’euros). Cette proposition, actuellement examinée par un comité interministériel piloté par la Primature, intervient alors que l’entreprise publique affiche des fonds propres négatifs de 52,2 milliards FCFA et un résultat net déficitaire de –23,8 milliards FCFA en 2024, pour un chiffre d’affaires en recul de 10,3% à 94,4 milliards FCFA sur la période.
De fait, l’intérêt de Bathco n’est pas apparu ex nihilo. Le trader, très présent sur les marchés de l’aluminium et des métaux stratégiques, est déjà engagé auprès d’Alucam depuis mai 2024, via sa filiale technologique Metsol. Ce partenariat porte sur l’installation d’un système innovant de régulation des cuves d’électrolyse, conçu pour réduire les émissions annuelles de CO₂ de près d’un million de tonnes. A ce jour, a appris EcoMatin, la moitié des cuves d’Alucam fonctionnent sous cette technologie, un atout indispensable pour préserver l’accès du producteur camerounais aux marchés européens, de plus en plus exigeants en matière d’aluminium bas-carbone. Pour le négociant suisse, l’acquisition d’Alucam serait donc l’étape logique d’une stratégie combinant sécurisation de l’approvisionnement et valorisation d’un actif industriel aligné sur les standards environnementaux.
Rude concurrence en vue
Mais le groupe helvétique n’est pas seul sur le dossier. Une offre concurrente, formulée par Eagle Eye Asset Holdings (EEA), un family office singapourien lié à Fortuna Holdings et comptant l’entrepreneur Gagan Gupta parmi ses actionnaires, propose de racheter 70% du capital d’Alucam. Plus agressive sur le plan industriel, EEA accompagne sa proposition d’un plan d’investissement massif de 475 millions de dollars destiné à réhabiliter le site d’Édéa, agrandir les installations existantes et construire une nouvelle fonderie de 100 000 tonnes, pour porter la capacité totale théorique à plus de 200 000 tonnes par an. Le projet inclut également une ligne électrique reliant l’usine au barrage de Nachtigal, infrastructure de 420 MW développée par EDF, afin de sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’aluminerie.
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L’offensive d’EEA s’inscrit dans un schéma plus stratégique : Gagan Gupta contrôle également, via Canyon Resources et sa filiale Camalco, le gigantesque projet de bauxite de Minim-Martap, dans le Nord. Yaoundé tente d’ailleurs de l’amener à intégrer une raffinerie d’alumine à proximité de la mine, afin de créer une chaîne de valeur complète reliant la matière première à Alucam. Une telle intégration réduirait la dépendance du pays aux importations d’alumine et renforcerait sa position dans l’écosystème mondial de l’aluminium.
Production en berne
En attendant l’issue du processus d’analyse des offres, l’urgence opérationnelle demeure. Depuis que l’incendie du 10 janvier 2018 a détruit environ 40% des cuves d’électrolyse d’Alucam, l’entreprise n’a jamais réussi à retrouver son niveau d’activité initial. La production, qui atteignait 73 759 tonnes en 2017, est tombée à 34 431 tonnes en 2021 (–53,3 % en quatre ans) avant de remonter légèrement à 59 540 tonnes en 2022, loin des capacités nominales supérieures à 100 000 tonnes annuelles.
Pour remédier à cette situation, l’Etat a mandaté Financia Capital, une société d’investissement dirigée par le Camerounais Serge Yanick Nana, afin de lever près de 30 milliards FCFA auprès d’un pool bancaire local comprenant notamment Afriland First Bank et Ecobank. Ce financement doit permettre la remise en service des cuves endommagées.
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Entre la proposition suisse axée sur la modernisation technologique et celle d’EEA articulée autour d’un vaste plan d’investissement, le gouvernement camerounais se trouve face à un choix stratégique déterminant. La recapitalisation d’Alucam, dont l’État détient actuellement 79,68% du capital aux côtés de l’Agence Française de Développement (5,05%) et de la Société Nationale d’Investissement (14,32%), conditionnera la survie même de la fonderie et l’avenir de toute la filière aluminium au Cameroun.

