La Compagnie camerounaise de l’aluminium (Alucam) s’apprête à franchir un cap dans sa quête de redressement. Selon les informations d’EcoMatin, la société d’investissement basée au Cameroun, Financia Capital a reçu mandat pour mobiliser près de 30 milliards FCFA auprès d’un pool bancaire en constitution, comprenant notamment Afriland First Bank et Ecobank, en vue de financer la réhabilitation des cuves d’électrolyse mises hors service depuis 2018, après un incident ayant provoqué un incendie dans la sous-station électrique alimentant l’usine d’Édéa. « Un termsheet du pool bancaire mobilisé par Financia Capital a déjà été signé et transmis à l’Etat. Il ne reste plus que l’avis favorable des autorités de Yaoundé », confie une source proche du dossier.
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Le 10 janvier 2018 en effet, la coupure brutale d’énergie avait entraîné l’endommagement de près de 40% des cuves d’électrolyse de l’unique fonderie d’aluminium de la CEMAC, entrainant un préjudice matériel estimé à l’époque à 16,9 milliards FCFA, sans compter les pertes de revenus induites. A défaut de moyens pour procéder à la remise en état, Alucam a vu sa production d’aluminium primaire, essentiellement destinée à l’exportation décrocher, passant de 73 759 tonnes en 2017 à 34 431 tonnes en 2021, soit une contraction de 53,3 % en quatre ans. Même si la production s’est partiellement redressée à 59 540 tonnes en 2022, elle reste très en-deçà des niveaux antérieurs à la crise estimés à plus de 100 000 tonnes par an.
Une situation financière qui inquiète
Cette chute brutale de la capacité productive a profondément déséquilibré l’appareil industriel de l’entreprise, selon un rapport d’audit de la Chambre des comptes sur les exercices 2017 à 2021. Les coûts fixes n’ayant pas été ajustés proportionnellement à la baisse des volumes, la contribution de l’activité de fonderie s’est enfoncée dans le rouge : positive en 2017 à +6,3 milliards FCFA, elle est devenue négative dès 2018 (–11,1 milliards FCFA), avant d’atteindre –37,8 milliards FCFA en 2021, note le rapport. Parallèlement, le contentieux opposant Alucam à son fournisseur d’énergie, Eneo, sur la détermination des responsabilités dans l’incident de 2018, reste encore non tranché. Les deux entreprises envisageraient même de porter l’affaire auprès de la Cour commune de justice et d’arbitrage d’Abidjan en Côte d’Ivoire.
Entre 2017 et 2021, les finances d’Alucam se sont fortement détériorées. Son chiffre d’affaires a reculé de 25,5%, notamment de 123,4 milliards FCFA en 2017 à 91,9 milliards FCFA en 2021, avec un creux enregistré à 77,8 milliards FCFA en 2019. De même, son résultat net a été déficitaire à hauteur de 45,667 milliards FCFA sur l’ensemble de la période, avec 3 exercices (2018, 2019 et 2020) sous l’eau. Ainsi, Depuis 2019, les capitaux propres sont devenus négatifs, pour atteindre un déficit de 48,9 milliards FCFA fin 2021. La Chambre des comptes, dans son rapport d’audit publié en novembre 2024, a pointé un fonds de roulement durablement négatif, une incapacité à honorer les obligations vis-à-vis des fournisseurs et une dépendance croissante aux accords de subrogation conclus avec Eneo pour un total de 47,7 milliards FCFA, « soit 33,7 milliards FCFA pour la première et 14 milliards FCFA pour la seconde, en vue de financer partiellement de la dette due à Eneo », note le rapport d’audit.
Recapitalisation, cession ou arrêt : la grande équation
Face à cette détérioration profonde, l’audit public recommandait une recapitalisation urgente de 43 milliards FCFA, ou à défaut, une cession partielle du capital afin d’éviter l’arrêt pur et simple de la fonderie. Cette perspective a été relancée en septembre 2025 avec l’entrée en scène du groupe Arise IIP, via son véhicule d’investissement Eagle Eye, qui souhaite racheter 70% des parts de l’État dans Alucam. L’offre, transmise par la présidence de la République, inclut un investissement de 475 millions USD (environ 271 milliards FCFA) pour stabiliser les opérations, construire une nouvelle fonderie de 100 000 tonnes/an et ériger une ligne électrique dédiée entre le barrage de Nachtigal et Édéa.
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En parallèle de ces discussions stratégiques, Alucam tente de sécuriser ses débouchés afin de réduire son exposition aux fluctuations du marché international. En août 2024, l’entreprise a signé un accord avec Proalu, filiale du groupe Prometal, portant sur un approvisionnement de 2 500 tonnes par mois, soit l’équivalent de 4 milliards FCFA d’achats mensuels et 48 milliards FCFA de chiffre d’affaires annuel sécurisé. Ce partenariat, qui favorise la substitution aux importations de bobines et câbles estimée à 27 milliards FCFA par an, intervient toutefois dans un contexte de pertes persistantes : l’exercice 2024 s’est soldé par un déficit de 23,8 milliards FCFA, portant les capitaux propres à –52,2 milliards FCFA.









