Alors que la production d'aluminium du Cameroun a reculé de 46,24% en cinq ans, passant de 53,2 millions de tonnes en 2019 à 28,6 millions de tonnes en 2024 selon le récent rapport de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), la minière australienne Canyon Resources annonce une initiative susceptible de relancer le secteur. Dans son rapport d'activités publié ce 28 juillet, la société a confirmé le lancement des études de faisabilité pour une raffinerie d'aluminium à valeur ajoutée dans le septentrion du pays, visant à maximiser la valeur de son projet de bauxite de Minim-Martap. « Les résultats de ces études sont attendus pour le troisième trimestre 2026 », souligne le document.
Une stratégie de transformation pour la valeur ajoutee
Au Cameroun, cette décision s'inscrit dans une logique de transformation locale du minerai, un engagement qui avait été dévoilé lors de la signature de la convention minière entre Canyon et l'État, le 30 juillet 2024. Il avait alors été établi que le projet intègrerait une dimension de transformation d'au moins 15% du minerai en alumine.
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En se basant sur une production de bauxite de 6,4 millions de tonnes par an (Mtpa) envisagée dès 2026 et ce taux de transformation, la future usine de Canyon Resources pourrait avoir une capacité de production d'environ 384 000 tonnes d'alumine par an. Cette estimation, qui devrait être ajustée selon les études de faisabilité en cours et le ratio exact de conversion pour la bauxite spécifique de Minim-Martap, vise à produire un semi-fini à plus forte valeur. Une telle capacité pourrait renforcer la position du Cameroun sur le marché de l'aluminium en Afrique centrale, contribuant ainsi à l'économie nationale. Par ailleurs, la filiale locale de Canyon, Camalco, a également manifesté son intérêt pour acquérir 10% des parts dans le capital d'Alucam, la Compagnie Camerounaise d'Aluminium, majoritairement détenue par l'État (79,68%).
Un secteur en mutation face aux défis existants
L'émergence potentielle de cette nouvelle raffinerie s'inscrit dans un paysage de l'aluminium camerounais en pleine évolution, marqué par la présence d'acteurs existants et de nouveaux entrants. Historiquement dominé par Alucam, une entreprise publique confrontée à des difficultés, le marché voit également l'arrivée d'initiatives privées telles que le groupe Prometal. Ce dernier prévoit de construire un complexe industriel via sa filiale Proalu SA, qui produira annuellement 60 000 tonnes (dont 30 000 tonnes de bobines d'aluminium et 30 000 tonnes de bobines prélaquées) pour un investissement de 88 milliards de FCFA entre 2025 et 2027.
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La possible intégration de Canyon dans la chaîne de valeur pourrait redessiner les dynamiques du secteur et offrir des perspectives de croissance, en dépit de la situation financière complexe d'Alucam. Selon un rapport sur les entreprises publiques de 2022 (CTR), Alucam affichait des capitaux propres négatifs de 4,6 milliards de Fcfa et un résultat net déficitaire de 7,9 milliards de Fcfa, malgré un chiffre d'affaires en hausse.
Perspectives de relance
Le projet de raffinerie de Canyon Resources intervient alors que l'industrie de l'aluminium au Cameroun a connu une baisse significative de sa production ces dernières années. Le recul de 46,24% de 2019 à 2024, souligné par la BEAC, met en lumière le besoin de nouvelles stratégies pour revitaliser ce secteur. Alucam, fondée en 1954, unique producteur d’alumine en Cemac, bien qu'ayant enregistré une progression de son chiffre d'affaires en 2022 grâce à un cours favorable de l'aluminium, a peiné à dégager des bénéfices et a rencontré des défis de gouvernance et de financement. Dans ce contexte, la conversion locale d'une partie de la bauxite extraite, promue par Canyon, pourrait non seulement inverser la tendance de production, mais aussi générer des emplois et des revenus supplémentaires, renforçant la contribution de la chaîne de valeur de l'aluminium au Produit Intérieur Brut du Cameroun.
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