La Compagnie camerounaise de l'aluminium (Alucam), unique producteur d'aluminium dans la zone Cemac, a terminé l'année 2023 dans le rouge. Selon les états financiers consultés, l'entreprise publique a enregistré une perte de 23,6 milliards de FCFA au cours de la période sous revue. Cette dégradation représente une augmentation vertigineuse de 237,14% par rapport à l'exercice précédent, où les pertes s'élevaient à 7 milliards. Cette chute accentue un tableau déjà préoccupant : les capitaux propres de l'entreprise sont désormais négatifs, à -28,3 milliards de FCFA. Malgré ce contexte financier, les exportations d'aluminium du Cameroun ont affiché des performances notables. En 2023, le pays a exporté 43 916 tonnes d'aluminium, générant des recettes de 54,2 milliards de FCFA, d'après les données de l'Institut national de la statistique (INS).
Les difficultés financières d'Alucam ne datent pas d'aujourd'hui. Depuis 2019, les capitaux propres de l'entreprise sont passés sous la moitié de son capital social, en raison des pertes accumulées. En application des articles 664 et 665 de l'Acte Uniforme Ohada, le Conseil d'administration avait convoqué une assemblée générale extraordinaire en 2020. Toutefois, cette assemblée n'avait pas opté pour la dissolution de la société. La situation s'est encore aggravée lorsque les tentatives de reconstitution des fonds propres, censées être effectives avant le 31 décembre 2022, n'ont pas abouti. Pourtant, bien que l'entreprise ait enregistré un écart de réévaluation de 11 milliards de FCFA, les pertes cumulées de 8 milliards cette année-là ont maintenu les capitaux propres en dessous des seuils réglementaires. L'Acte Uniforme Ohada impose pourtant aux entreprises concernées :de convoquer une assemblée générale extraordinaire dans les quatre mois suivant l'approbation des comptes constatant cette situation pour décider d'une éventuelle dissolution ; Ou, par défaut, de reconstituer les capitaux propres à hauteur d'au moins la moitié du capital social dans un délai maximal de deux exercices.
Or, Alucam n'a pu se conformer à ces exigences dans les délais impartis. Cette non-conformité expose désormais l'entreprise à une demande de dissolution par tout tiers intéressé. « Le délai dont dispose Alucam pour régulariser la situation étant dépassée depuis la clôture de l'exercice 2021, nous attirons votre attention sur le fait que tout tiers intéressé pourrait demander la dissolution de la société », précise le rapport des commissaires aux comptes. Précision cependant que la structure a fait l'objet de négociations pour une recapitalisation avec des partenaires tels que le Fonds international pour la conservation de la nature tropicale (ITCF), la Banque publique d'investissement (BPI) et le groupe financier franco-allemand BHF, selon le rapport 2021 de la Commission technique de réhabilitation des entreprises publiques et parapubliques (CTR). Cependant, à ce jour, l’issue de ces discussions ne sont connues. Il est crucial pour le gouvernement engager les reformes nécessaires en vue de sauver ce mastodonte.










