La situation du portefeuille bancaire en zone CEMAC continue de se dégrader. Selon les données du rapport de politique monétaire publié en mars 2025 par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le taux des créances en souffrance s’est établi à 16,2% au 31 décembre 2024, contre 16,0% un an plus tôt. Cette légère hausse traduit cependant une augmentation des crédits non remboursés, accentuant le risque pour les établissements de crédit et pesant sur la stabilité du secteur financier.
Cette détérioration s’explique par plusieurs facteurs, selon des experts du secteur bancaire. La conjoncture économique, marquée par la volatilité des prix des matières premières et les tensions budgétaires des États, pèse sur la capacité des entreprises et des ménages à honorer leurs engagements, augmentant ainsi le risque de défaut. Par ailleurs, la forte concentration des crédits dans des secteurs sensibles comme l’informel accroît la vulnérabilité du système bancaire face aux chocs économiques. Bien que la liquidité bancaire soit excédentaire (8 245 milliards FCFA fin 2024), les banques peinent à assainir leurs portefeuilles en raison d’un durcissement des conditions d’accès au crédit entre 2022 et le premier trimestre 2025, réduisant les possibilités de refinancement pour les acteurs les plus exposés.
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Pour limiter l’accumulation des risques et préserver la stabilité du système financier, une régulation plus stricte du crédit, combinée à un renforcement des dispositifs de recouvrement, apparaît comme une nécessité pour contenir la montée des créances douteuses. Or, paradoxalement, la hausse des créances douteuses intervient alors que le volume global des crédits en zone CEMAC progresse. L'encours des nouveaux prêts accordés par les banques a augmenté de 1,52% sur un an, atteignant 2 492 milliards FCFA au troisième trimestre 2024. Toutefois, cette dynamique masque un repli de 5,21% par rapport au deuxième trimestre 2024 (2 628,8 milliards FCFA), signe d’une prudence croissante des établissements face aux risques de non-remboursement.
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Dans le détail, le secteur bancaire reste le principal levier de financement dans la région, concentrant 99,54% des nouveaux crédits, tandis que les établissements financiers spécialisés en représentent à peine 0,56%. Si le volume des crédits croît de façon modéré, le nombre de prêts octroyés enregistre une hausse significative de 24,67% sur un an, atteignant 332 945 au troisième trimestre 2024. Cette augmentation suggère une démocratisation de l’accès au crédit, mais soulève aussi des inquiétudes quant à la qualité des emprunteurs. Une part importante des financements semble avoir été accordée à des acteurs plus fragiles, notamment dans le secteur informel et les PME qui ont reçu 522,2 milliards FCFA, contre 507,6 milliards en 2023, soit une hausse de 2,88%.

