Les États de la CEMAC pourraient bientôt utiliser une partie des dividendes que leur verse la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour régler leurs retards de contribution au capital de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC). La décision est contenue dans une résolution du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC), adoptée en avril 2026. Elle prévoit que 50 % des retards des pays de la région soient apurés par « prélèvement sur les dividendes de la BEAC au titre des exercices 2025 et 2026 », les 50 % restants devant être couverts par une opération de titrisation. Les modalités de cette titrisation ne sont, toutefois, pas indiqués. La banque régionale basée à Brazzaville précise que ce dispositif d’apurement a été retenu « sous réserve de la consultation des plus hautes autorités nationales ».
84 milliards FCFA de dividendes
Le recours aux dividendes BEAC n’est cependant pas encore totalement matérialisé. Dans ses comptes semestriels, les six pays de la CEMAC doivent encore libérer 135,18 milliards FCFA de capital appelé. Seul le Cameroun a réduit son solde sur la période, de 500 millions de FCFA, à 20,12 milliards. La Centrafrique reste redevable de 28,56 milliards, tandis que le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad affichent chacun 21,62 milliards de FCFA. Or pour le compte de l’année 2025, la BEAC a reversé aux 6 États, qui sont ses actionnaires, un dividende total de 84 milliards FCFA, sans préciser la clé de répartition. Ce montant restait en baisse par rapport aux 100,37 milliards empoché un an plus tôt. Quoiqu’il en soit, les comptes semestriels ne montrent aucun mouvement de recapitalisation en dehors des 500 millions FCFA débloqués par le Cameroun.
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Il faut dire que le recours aux dividendes de la BEAC répond à une difficulté persistante. Dans le cadre de son programme de recapitalisation, la BDEAC avait approuvé un calendrier de libération du capital étalé de 2024 à 2028. Mais les versements des États ne suivent pas. « S’agissant des actionnaires de catégorie A, le rythme effectif de libération demeure très en deçà du calendrier approuvé », reconnaît la banque dans ses états financiers. Sur les 335,3 milliards de FCFA de capital appelé auprès de l'ensemble des actionnaires, seulement 158,1 milliards avaient été effectivement versés. Cette situation avait déjà conduit la banque à rechercher d'autres solutions. Elle a notamment engagé des discussions avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) en vue de mettre en place des « prêts concessionnels destinés à financer les parts libérables des États de la CEMAC ».
Eurobond
Derrière cette course aux contributions se joue aussi l’équilibre financier de la BDEAC. Dès janvier 2025, une assemblée générale extraordinaire avait adopté un « Plan d’urgence pour la restauration de la liquidité de la BDEAC ». Dix-huit mois plus tard, la tension reste visible dans les comptes : la trésorerie propre de l’institution est tombée de 115,4 milliards FCFA fin 2025 à 62,8 milliards à fin juin 2026, soit une baisse de près de 46 % en six mois. La banque l’explique notamment par les décaissements sur les financements déjà accordés, le remboursement de ses emprunts et la faiblesse des libérations de capital.
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Cette pression se retrouve également dans ses résultats. Au premier semestre 2026, le bénéfice net de la BDEAC a chuté de 45 %, à 4,6 milliards de FCFA, contre 8,4 milliards un an plus tôt. La banque a notamment vu sa marge nette d’intérêts fondre de 7,6 milliards à 1,7 milliard FCFA, les revenus de ses prêts ayant diminué tandis que le coût de ses emprunts augmentait.
C’est dans ce contexte que la BDEAC a accéléré sa recherche de financements hors des contributions de ses actionnaires. Le 13 octobre, elle a réalisé sa première émission obligataire internationale, mobilisant 222 millions de dollars, soit environ 125 milliards de FCFA, à échéance octobre 2029.
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L’opération, assortie d’un coupon annuel de 7,88 % en euros après couverture du risque de change, marque l’entrée de la banque sur les marchés internationaux de capitaux. Le même jour, elle a signé avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) un prêt de 30 millions d’euros, environ 19,7 milliards de FCFA, destiné au financement des PME de la sous-région. La BDEAC entend désormais consolider cet accès aux investisseurs internationaux. Dans la documentation préparatoire à son émission obligataire, elle prévoit de faire ses meilleurs efforts pour obtenir, dans les deux ans suivant l’opération, une deuxième notation auprès d’une agence internationale autre que Moody’s, qui lui a attribué la note « Ba3 », assortie d’une perspective stable.













