Première réussie pour la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC). L'institution financière commune aux six pays de la CEMAC a annoncé ce mercredi 14 octobre avoir levé 222 millions de dollars, soit environ 125 milliards FCFA, à travers sa première émission obligataire sur les marchés internationaux de capitaux.
Cette émission, réalisée le 13 octobre et dévoilée le lendemain par la banque basée à Brazzaville, arrive à échéance en octobre 2029. Elle porte un coupon de 7,88 % par an, exprimé en euros après une couverture de change simultanée entre l'euro et le dollar. L'Africa Finance Corporation (AFC) est intervenue comme investisseur d'ancrage stratégique, un rôle consistant à soutenir le placement des titres auprès d'autres investisseurs. La BDEAC ne précise toutefois ni le montant souscrit par l'institution panafricaine, ni la composition du carnet d'ordres, ni les banques qui ont arrangé l’opération. Selon l'institution, présidée par le Camerounais Dieudonné Evou Mekou, les ressources mobilisées représentent une augmentation de près de 15 % de son bilan. Elles doivent lui permettre d'accélérer les décaissements en faveur des projets de développement dans les six pays de la CEMAC : infrastructures, agriculture, agro-industrie et industrie. « Cette opération témoigne de la confiance croissante des investisseurs internationaux dans ses fondamentaux financiers », se félicite le dirigeant.
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L'émission s'inscrit dans le plan stratégique « Azobé » 2023-2027. Ce programme quinquennal prévoit 1 700 milliards de FCFA de nouveaux financements à approuver, avec un objectif de 1 896 milliards de ressources nouvelles à mobiliser et de 1 306 milliards à décaisser. Pour y parvenir, la BDEAC mise sur la diversification de ses sources, désormais étendue aux marchés internationaux, afin de réduire sa dépendance aux actionnaires, aux bailleurs institutionnels et au marché obligataire régional. Elle s'est aussi engagée auprès des investisseurs à tenir des conférences semestrielles et à publier chaque semestre une présentation de ses résultats.
« Investment Grade »
L'émission a été conclue le jour même de la signature, le 13 octobre à Bangkok, d'un accord de prêt de 30 millions d'euros (19,7 milliards de FCFA) entre la BDEAC et la BADEA. Elle se fait également à un coupon nettement supérieur à celui de plusieurs financements historiques de la banque. Selon ses états financiers 2025, la banque régionale de développement bénéficiait de lignes de la BEAC rémunérées à 2,45 %, 3,25 % ou 4,50 %, tandis que certains concours de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) étaient assortis de taux de 3,50 % à 4 %. Son emprunt obligataire régional de 2020 portait un coupon de 5,45 %.
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Cette première sortie intervient moins d'un an après l'obtention, en novembre 2025, de la note inaugurale « Ba3 », assortie d'une perspective stable, attribuée par Moody's. La notation a été confirmée en septembre 2026. Elle doit permettre à la banque d'élargir son accès aux investisseurs internationaux, mais reste dans la catégorie spéculative, ce qui traduit un risque de crédit supérieur à celui des emprunteurs de qualité investissement. La BDEAC dit viser, à terme, la catégorie « Investment Grade ».
Une banque en redressement
Cette opération intervient également dans un contexte de consolidation financière. Début 2025, les actionnaires avaient approuvé un « Plan d'urgence pour la restauration de la liquidité », destiné à répondre aux tensions de trésorerie, et deux assemblées générales extraordinaires lui avaient été consacrées. Dans son rapport annuel, la banque reconnaît des retards persistants de plusieurs États membres dans la libération de leurs souscriptions au capital et le remboursement de leurs emprunts.
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Les besoins restent importants. À fin 2025, la BDEAC avait mobilisé 339,6 milliards de FCFA depuis le lancement de son plan stratégique, soit 40,5 % de l'objectif de 837,7 milliards fixé pour les trois premières années. L'activité de financement a, elle aussi, marqué le pas : en 2025, la banque n'a approuvé que 34 milliards de FCFA de nouveaux engagements, contre un objectif annuel de 250 milliards (13,6 %), dont près de 80 % pour les transports. Au 31 décembre 2025, elle affichait un bilan d'environ 1 041 milliards de FCFA, des fonds propres de 414,8 milliards et un bénéfice net de 5,2 milliards. Son coefficient d'exploitation s'est détérioré, de 79,64 % en 2024 à 81,1 % en 2025.












