Les réserves de change de la CEMAC, qui permettent de financer les importations des pays de la région, sont passées de 7 624,58 milliards FCFA au 30 juin 2025 à 6 667,58 milliards FCFA au 16 septembre, soit une contraction de près de 1000 milliards FCFA. Selon les données que EcoMatin a pu consulter, le mois de septembre a marqué un pic de ce repli puisqu’au 31 juillet, les réserves de changes étaient de 7 089,5 milliards FCFA, ce qui signifie qu’en l’espace de 16 jours, les avoirs de la région ont fondu de 422 milliards FCFA.
Si ce niveau reste encore soutenable – avec une couverture extérieure de 70,2 % (contre 77,7% à fin juin) et 4,5 mois d’importations garantis, au-dessus du seuil critique de trois mois –, la tendance inquiète la BEAC. Car si le rythme se poursuit, le spectre des tensions de 2016 pourrait ressurgir, quand la chute brutale des avoirs extérieurs (devises, or, DTS) avait fait planer la menace d’une dévaluation du franc CFA, dont la parité fixe avec l’euro dépend étroitement de ce matelas de réserves. Le sujet sera au cœur de la troisième réunion du Comité de politique monétaire de la Banque centrale prévu ce 29 septembre à Yaoundé.
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Problèmes de contrôle
En 2018, la CEMAC a réajusté son cadre règlementaire sur le change intégrant de nombreuses contraintes en matière de rapatriement des devises pour les opérateurs économiques, ce qui a permis de faire remonter le niveau de devises au-dessus des 7000 milliards FCFA. Mais depuis quelques mois, le suivi montre des failles, explique une source ayant requis l’anonymat. Un relâchement dans les contrôles et les sanctions du banquier central semble avoir favorisé des magouilles dans le rapatriement, la rétrocession et les sortie injustifiées de capitaux, expliquant en partie la chute brutale de 1 000 milliards observée ces deux derniers mois. « Les banques commerciales sont censées jouer un rôle clé en veillant à la stricte application des règles de rapatriement et de rétrocession des devises et à la validité des attestations d’apurement avant d’autoriser les transferts. Or, depuis quelques mois, la discipline s’effrite et la BEAC elle-même tarde à sanctionner », confie notre source.
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Le problème n’est pas nouveau. Dès septembre 2024, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, avait rappelé à l’ordre les banques commerciales dans une circulaire, les menaçant de sanctions en cas de laxisme dans le contrôle des opérations de change. « Tout intermédiaire agréé contrevenant aux réglementations en vigueur, identifié lors de contrôles de la Banque centrale, s’expose à des sanctions administratives, pécuniaires ou non », avertissait-il.
Une mise en garde qui n’a manifestement pas suffi à enrayer ces pratiques. « Le vrai problème est celui de la non-application des sanctions prévues par le règlement. Depuis plusieurs mois, la BEAC n’a sanctionné aucune banque contrevenante. Les contrôles sont faits, les sanctions sont proposées, mais à la moindre requête des contrevenants ces sanctions sont curieusement abandonnées».
Mobile Money
Autre canal de fuite des devises, selon nos informations : l’essor des transferts via le Mobile Money. Officiellement, toutes les transactions devraient transiter par le GIMAC, l’agrégateur central des paiements électroniques de la sous-région, dirigé par le Camerounais Valentin Mbozo’o. Mais, dans les faits, de plus en plus d’opérateurs contournent ce mécanisme en passant par des intégrateurs privés. Ce schéma leur permet d’installer des filiales à l’étranger et d’opérer hors du radar de la BEAC. Concrètement, lorsqu’un transfert est initié par un particulier installé à l’étranger, l’opérateur reçoit l’équivalent en devises depuis l’extérieur, puis règle simplement son correspondant local en francs CFA. Résultat, la Banque centrale est privée des devises qui devraient alimenter ses réserves. Le phénomène, amplifié par l’essor des applications de transfert avec l’étranger, représente des centaines de milliards de FCFA échappant chaque année au contrôle de rapatriement et de rétrocession.
Contactée par EcoMatin, la BEAC tempère toutefois ce risque et pointe plutôt les importations massives comme principal facteur de pression sur les réserves extérieures. « Les efforts de rétrocession sont en grande partie neutralisés par la facture des importations », souligne l’institution. En 2024, 13 898 milliards FCFA de devises ont bien été rapatriés, soit le double du niveau de 2019. Mais dans le même temps, les importations ont atteint 13 409 milliards FCFA, absorbant presque intégralement ces rapatriements. Carburants, produits pharmaceutiques, machines industrielles, riz et blé figurent parmi les principaux postes d’importation.
Inéligibilité des Fonds RSE en réserve de changes
Les réserves extérieures sont un pilier central pour la stabilité du franc CFA, monnaie commune aux six pays de la CEMAC. En échange de la garantie de convertibilité illimitée accordée par la France, les États doivent centraliser une partie de leurs avoirs extérieurs sur le compte d’opérations logé au Trésor français. Mais cette garantie ne vaut que si le taux de couverture dépasse 20 %, soit l’équivalent d’au moins trois mois d’importations de biens et services. En 1994, ce seuil avait été franchi, entraînant la dévaluation historique du franc CFA. Plus récemment, en 2016, la chute des cours du pétrole a de nouveau asséché les réserves, ravivant le spectre d’une dévaluation. L’option avait été écartée in extremis au profit de mesures d’ajustement budgétaire et fiscal, destinées à renforcer les recettes d’exportation et restaurer un niveau de réserves jugé soutenable.
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Face à l’érosion de leurs réserves de change, les chefs d’État de la CEMAC ont exigé en décembre 2024, la domiciliation à la BEAC des Fonds de restauration des sites (RES), provisions que les compagnies extractives doivent constituer pour la remise en état des zones exploitées. Évalués à près de 6 000 milliards FCFA, ces fonds pourraient renforcer la stabilité du franc CFA. Mais la réforme a suscité une vive opposition des multinationales, qui ont mobilisé un lobbying à Washington. En mars, le Congrès américain a examiné un projet de loi visant à bloquer tout soutien du FMI aux pays de la zone. Ce texte, soutenu par l’élu républicain Bill Huizenga, soulignait que ces fonds sont par nature « inaccessibles » et « affectés à une dépense future spécifique », ce qui les rend inéligibles comme actifs de réserve selon les standards du FMI.
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Si la commission mise en place par la BEAC pour négocier avec les opérateurs a finalement cédé à ce principe, on ignore si les chefs d’États l’ont adoubé puisque 13 jours après la conférence des Chefs d’États, le communiqué final n’est toujours pas public.
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Stimuler la production
Pour le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, il faut aller au-delà de la seule réglementation des changes et mettre en place des mesures concrètes pour stimuler les économies régionales et réduire la dépendance aux importations. « L’une des principales sources de pression sur nos réserves de change reste l’importation massive de produits pétroliers. C’est pourquoi nous attendons du Cameroun qu’il accélère la réhabilitation de la Sonara. Transformer localement nos ressources, en particulier le pétrole, et offrir sur place des produits dérivés est la seule voie pour alléger durablement la facture extérieure », a-t-il martelé lors d’une intervention à la Finance Week organisée par EcoMatin en juin 2025.

