En pleine crise d’approvisionnement énergétique, l’Énergie Électrique du Congo (E²C), société publique chargée de la production, du transport et de la distribution d’électricité, a annoncé, le 7 octobre 2025, la suspension du projet d’identification des consommateurs et de pose de compteurs basse tension dans les directions d’exploitation de Brazzaville et Pointe-Noire. « Il est mis un terme au Projet Identification des Consommateurs d’Électricité et Pose de Compteurs Basse Tension dans les Directions d’Exploitation de Brazzaville/Pool et Pointe-Noire/Kouilou », précise la note de service n°161/2025/E²C/DG signée mardi par le directeur général, Jean Bruno Danga Adou.
Cette décision intervient dans un contexte de forte tension énergétique liée à l’arrêt total du barrage hydroélectrique d’Imboulou, situé dans le département des Plateaux, au nord de Brazzaville. Selon des sources internes au ministère de l’Énergie, le dernier groupe encore en fonctionnement est tombé en panne dans la nuit du 23 au 24 septembre 2025, stoppant toute production. Les quatre turbines, d’une capacité totale initiale de 120 MW lors de la mise en service du barrage en 2010, sont aujourd’hui à l’arrêt faute de pièces de rechange.
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Dans ce contexte de déficit aigu, E²C avait déjà décidé, le 6 octobre, de suspendre l’application des pénalités sur les retards de paiement des factures d’électricité. Ces pénalités, appliquées en cas d’infraction ou de fraude, pouvaient atteindre 140 000 FCFA pour les abonnés souscrivant entre 3 et 9 kW, 320 000 FCFA pour ceux entre 12 et 15 kW, et jusqu’à 480 000 FCFA pour les puissances comprises entre 18 et 32 kW. « Je vous enjoins de suspendre immédiatement l’application des pénalités suite aux retards de paiement des factures d’électricité des clients jusqu’à nouvel ordre », indique la note du DG adressée aux directeurs d’exploitation lundi.
Il faut noter que la suspension du projet de comptage et d’identification devrait ralentir les efforts de redressement commercial de l’entreprise publique, déjà confrontée à une trésorerie tendue. Le personnel affecté à ce programme a été redéployé dans les services commerciaux afin d’assurer la continuité des opérations de facturation et de recouvrement. Dans l’immédiat, la production électrique nationale repose principalement sur la Centrale Électrique du Congo (CEC) de Pointe-Noire, exploitée en partenariat public-privé, qui affiche une capacité installée d’environ 300 MW, et sur le barrage de Moukoukoulou, dont la puissance effective ne dépasse pas 70 MW. Parallèlement, des projets de renforcement du réseau de transport, notamment ceux pilotés par le groupe italien ENI entre Pointe-Noire, Djeno et Brazzaville, visent à sécuriser l’acheminement de l’électricité issue du gaz associé et à améliorer la stabilité du réseau national — des initiatives dont la mise en œuvre demeure toutefois progressive.
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Mis en service en 2010, le barrage d’Imboulou, construit sur le fleuve Léfini, devait constituer le pilier du mix énergétique national. Quinze ans plus tard, seule une turbine restait opérationnelle avant la panne du 24 septembre. Ce nouvel incident survient quelques mois après la suspension, en mars 2025, du contrat d’affermage signé avec la société sénégalaise Senelec, qui devait assurer la distribution et la commercialisation de l’électricité au Congo. La crise actuelle met en lumière la fragilité structurelle du parc de production et les retards accumulés dans la maintenance des infrastructures énergétiques du pays.
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