Le contrat d’affermage signé entre la République du Congo et la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) est temporairement suspendu. C’est la quintessence d’un courrier officiel, daté du 19 mars 2025, que la Primature congolaise a adressé au ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique. « Le Premier ministre congolais, Anatole Collinet Makosso, demande la suspension immédiate du processus de mise en affermage des segments distribution et commercialisation de l’énergie électrique […] Il ordonne par conséquent la création d’une commission technique interministérielle pour examiner les conditions de conclusion de l’accord », indique un extrait dudit courrier rapporté par les médias locaux.
Lire aussi : Energie : la sénégalaise Senelec devient le distributeur officiel de l'électricité au Congo
La décision du Premier ministre fait suite à des tensions syndicales au sein de l’Énergie électrique du Congo (E2C), distributeur historique de l’énergie électrique dans le pays. Les syndicalistes s’opposant fermement à la signature dudit contrat et menacent de recourir à la grève si l’accord conclu avec l’opérateur public sénégalais, Senelec, n’est pas abandonné. Plus d’une centaine d'employés de E2C et des civils ont manifesté pendant plus de 10 jours, revendiquant la pleine capacité de l’entreprise à gérer et résorber le déficit énergétique dans le pays. « Avec un chiffre d’affaires estimé en moyenne à 90 milliards de Fcfa par an, l’opérateur public est plus que rentable et capable d’investir dans son propre développement », a indiqué Régine Chantal Batondélé, Présidente de l’intersyndicale de l’E2C.
Couper la poire en deux
En se tournant vers la privatisation, le Premier ministre congolais avait pour objectif d’améliorer la gestion du secteur en proie à des difficultés techniques et financières depuis plusieurs mois. « Les révisions des turbines et des barrages n’ont pas été effectuées depuis plusieurs années, faute de ressources financières ; l’Etat ne disposant pas de ressources suffisantes pour entretenir de lui-même des infrastructures vieillissantes », a-t-il déclaré.
Cependant, les syndicalistes restaient convaincus que, si cette opération est finalisée, elle entraînerait une hausse sans précédent du prix de l’électricité [quittant de 49 Fcfa/Kwh jusqu’à 100 Fcfa/Kwh] et amenuiserait la souveraineté du pays sur la gestion publique du secteur énergétique au profit d’opérateurs privés, comme nulle part ailleurs dans la région. « Selon les clauses du contrat, l’Etat ne conserverait que 15% dans les segments ciblés du marché énergétique ; bien en deçà de ce qui est pratiqué dans le Cameroun voisin où l’Etat a conservé 44% après la privatisation de l’opérateur Eneo, ou encore au Gabon où, avant la renationalisation, l'Etat détenait 49% du capital pour tous les segments gérés par la Seeg », expliquait Présidente de l’intersyndicale.
Lire aussi : Congo: Zanaga Iron sécurise son approvisionnement en électricité auprès de la CEC
De fait, avec d’un côté, le gouvernement congolais et de l’autre les syndicalistes d’E2C, les prémices de cette suspension se faisaient sentir. Lors d’une rencontre entre le gouvernement et les syndicalistes, le 26 février dernier, le Premier ministre congolais avait déjà exprimé la possibilité de surseoir à la mise en œuvre de l’accord avec Senelec si celui-ci ne trouve pas l’assentiment de la population. Toutefois, les résultats des analyses du comité technique interministériel restent attendus dans les semaines à venir.
Lire aussi : Cameroun : le rachat d’Eneo se déporte à la Chambre de Commerce International de Paris

