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Electricité : comment le gouvernement camerounais prépare l’après Actis

Un cabinet chargé de réaliser le diagnostic général du concessionnaire public de l’électricité est en voie de recrutement dans le cadre de la mise en œuvre du Programme de réformes du secteur de l'électricité au Cameroun. Une opération qui intervient au moment où Actis et le ministère des Finances sont suspendus à l’arbitrage de la Présidence de la République au sujet du ticket de sortie concernant le rachat de la filiale locale du fonds d’investissement britannique.

Publiée mercredi 11 septembre 2024 à 14:47:58Modifiée jeudi 12 septembre 2024 à 09:49:03Temps de lecture 6 minPar EcoMatin

Le Minfi Louis Paul Motaze (à gauche) et son collègue de l'Eau Gaston Eloundou
De gauche vers la droite, le ministre des Finances Louis Paul Motaze et celui de l'Eau Gaston Eloundou

Le 4 septembre dernier, les autorités camerounaises ont lancé un appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour le recrutement d'un bureau d'études chargé de réaliser un diagnostic général et d'élaborer un plan de redressement interne pour la société Energy of Cameroon (ENEO). Cet appel s'inscrit dans le cadre du Programme de Réformes du Secteur de l'Électricité au Cameroun, financé par un crédit IDA, un guichet de la Banque Mondiale.

Le cabinet, dans son cahier de charges, devra identifier les dysfonctionnements internes et élaborer des solutions concrètes en vue du redressement de le concessionnaire du service public de l'électricité au Cameroun, dans le but d’«améliorer les performances opérationnelles de la société ». En plus d’être exhaustif, le diagnostic général devra couvrir tous les aspects de la gestion de l'entreprise, notamment les finances, les ressources humaines, les infrastructures et la relation client. Le cabinet doit également proposer d'un plan d'actions pour limiter les pertes techniques et non techniques (fraude); la recherche des sources d'investissements pour moderniser les infrastructures. Le consultant devra aussi proposer des recommandations stratégiques pour une restructuration profonde d’Eneo. Par ailleurs, il s'agit pour le gouvernement d’évaluer la valeur réelle et d’analyser la situation technique, commerciale, opérationnelle, informatique, financière, organisationnelle et managériale de la société, et de comparer ces données avec celles du contrat entre Actis et la République du Cameroun.

Lire aussi : Cameroun : dans la perspective de la renationalisation d’Eneo, l’Etat va réaliser un inventaire physique des actifs de distribution

De l’avis des experts, le gouvernement, par cet acte, anticipe l’après-Actis. Ce, d’autant plus que le contexte actuel est marqué par la finalisation des tractations concernant la renationalisation de la société publique d’électricité et le rachat des parts d’Actis par le gouvernement camerounais. Sauf que les deux parties pour l’heure s’en sont remises à l’arbitrage de la Présidence de la République sur la valeur du ticket de sortie en vue de la reprise des parts détenues par le fonds d’investissement britannique.

Le Cameroun se prépare ainsi à entrer dans une nouvelle ère pour son secteur de l’énergie électrique avec la mise en place d'un plan de restructuration du concessionnaire public du service de l’électricité. Après la sortie annoncée du fonds d’investissement britannique Actis, actionnaire majoritaire de cette société depuis 2014, les autorités camerounaises mettent progressivement en place un cadre de transition visant à redonner au pays le contrôle stratégique de ce secteur vital tout en améliorant la performance du réseau national.

Dans le cadre de cette transition, le gouvernement camerounais a élaboré un plan de restructuration globale du secteur avec pour objectif de renforcer la gouvernance de l’entreprise, d'améliorer la performance du réseau électrique et de garantir une fourniture d'électricité plus stable et fiable. Ce plan met un accent particulier sur la participation accrue de l’État dans la gestion et la supervision d’Eneo, en redéfinissant les responsabilités et en améliorant la transparence dans l’allocation des ressources.

Lire aussi : Rachat d’Eneo par l’Etat : le montant du ticket de sortie divise Actis et le gouvernement camerounais

La thérapie du gouvernement, contenue dans le Plan de Réforme du Secteur de l’Électricité du Cameroun (2023-2030), passera par le paiement de 25 milliards de FCFA représentant une partie de la compensation tarifaire, provenant des 180 milliards de FCFA que la Banque mondiale met à la disposition du Cameroun. Elle sera complétée par de nouvelles hausses des tarifs de l’électricité, après celle de l’année dernière qui ne concernait que les clients moyenne et haute tension, même s’il est difficile de savoir si cette revalorisation touchera la tranche sociale, dont les ménages. En dehors d’une stratégie de restructuration de l’entreprise dans le but de maîtriser ses charges, la réduction des délais de paiement des factures passera par la généralisation des compteurs prépayés auprès de la clientèle. Plus de 86 milliards de FCFA sont prévus pour ce faire entre 2024 et 2026.

L’effort le plus conséquent porte sur le traitement de l’endettement. Une restructuration de la dette bancaire, probablement sur le modèle du mécanisme mis en place pour la Sonara, constitue l’une des principales pistes. Tandis que le volet commercial exige des discussions avec les fournisseurs (KPDC, DPDC, EDC, Aggreko, Sonatrel, Sonara, Arsel…), des négociations devraient s’ouvrir pour allonger les délais de paiement. Il n’est pas exclu une titrisation de cette ardoise, comme l’entente conclue en décembre 2021, en vue de sauver la CAN de football qu’organisait le Cameroun.

Une situation critique

En attendant le rapport du consultant, le diagnostic du secteur de l’électricité présente une situation inquiétante et décrit Eneo comme une entreprise en quasi-faillite, avec un fonds de roulement négatif depuis plus de 7 ans. Eneo ne dispose pas suffisamment de ressources pour couvrir ses dépenses d’exploitation telles que le paiement des factures de KPDC/DPDC, Sonatrel, EDC, Sonara, etc., et « est obligée de recourir à l’emprunt de court terme pour financer ses activités », précise le document.

D’un point de vue global, le secteur de l’électricité est dans un déséquilibre financier structurel, qui se traduit par un déficit de -29 milliards FCFA par mois en mai 2023. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie prévient que « cette situation du secteur de l’électricité, si elle n’est pas réglée, aura des conséquences négatives sur le budget et la trésorerie de l’État, qui s’est déjà vu obligé de prendre en charge la dette de Lom Pangar en réglant 12 milliards FCFA en lieu et place d’EDC. Elle a aussi entraîné la réduction de 75 milliards FCFA des transferts de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) vers le budget de l’État, notamment pour apurer les impayés de gasoil à l’égard du marketeur Tradex, etc. »

À noter que l’État a mis en place un plan d'urgence pour le secteur de l’électricité, qui découle du plan de réforme du secteur. Celui-ci a pour vocation première d’éviter la faillite de la société Eneo à travers sa restructuration, et de mobiliser, auprès des partenaires techniques et financiers, les ressources d’investissement qui auraient dû être mobilisées par le concessionnaire du service public de l’énergie électrique au Cameroun. Pour satisfaire la demande industrielle évaluée à 579,5 MW, le plan d’investissement prioritaire est d’une valeur de 400 milliards FCFA.

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