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Rachat d’Eneo par l’Etat : le montant du ticket de sortie divise Actis et le gouvernement camerounais

Comme ticket de sortie de l’actionnariat d'Eneo dans lequel il détient 51% de parts, le fonds d’investissement britannique Actis exige la somme de 125 milliards de Fcfa, sur la base de la due diligence menée par son conseil camerounais Financia Capital. Une demande jugée excessive par le Comité interministériel chargé de piloter le dossier pour le compte du Cameroun, et qui lui a fixé une barre sur la base de l’évaluation réalisée par le cabinet d’audit français KPMG sur la valeur réelle de l’action d’Eneo. EcoMatin revient sur les premiers détails de ces tractations pour lesquelles l’arbitrage de la présidence de la République vient d’être sollicité.

Publiée jeudi 29 août 2024 à 09:36:27Modifiée jeudi 29 août 2024 à 10:04:03Temps de lecture 7 minPar Simon Pierre Mbarga

Le Minfi Louis Paul Motaze (à gauche) et son collègue de l'Eau Gaston Eloundou
De gauche vers la droite, le ministre des Finances Louis Paul Motaze et celui de l'Eau Gaston Eloundou

L’opération de rachat par l’Etat du Cameroun des parts du fonds d’investissement britannique Actis dans le capital d’Eneo, concessionnaire du service public de l’énergie électrique dans le pays, est entrée dans une phase décisive. De fait, selon des sources introduites, l’on s’achemine vers l’épilogue de cette transaction. Le dossier conduit par le ministère des Finances, à travers le Comité interministériel composé du ministère de l’Eau et de l’Energie et du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, est, de très bonne source, très avancé et se trouve soumis à l’arbitrage de la présidence de la République pour des raisons de désaccord sur le coût de la transaction.

Le Cameroun propose 80 milliards de Fcfa

Selon des sources dignes de foi, Actis exigerait un paiement dont le montant se situe entre 100 et 125 milliards de Fcfa. Une offre résultant d’une due diligence menée par le cabinet Financia Capital qui fait également office de conseil financier de l’actionnaire majoritaire du producteur d’électricité dans cette opération. Le ministère des Finances de son côté n’entend pas franchir la barre de 80 milliards de Fcfa au titre du ticket de sortie pour acquérir les parts laissées par le fonds d’investissement qui a notifié l’Etat du Cameroun de sa volonté de se retirer de l’actionnariat d’Eneo en juin 2023, suite à la perte de la valeur de son actif au Cameroun.

Lire aussi : Nationalisation d’Eneo : pourquoi le Cameroun sollicite un sursis auprès d’Actis

Il faut dire que le montant proposé par l’Etat du Cameroun pour le rachat des actifs d’Actis dans le capital d’Eneo fait suite à l’évaluation réalisée par la filiale française du cabinet d’audit KPMG sur la valeur réelle de l’action d’Eneo. Ce cabinet avait été recruté en septembre 2023 en vue d’aider le gouvernement à disposer de lisibilité sur le poids de cette société en vue de la signature d’un protocole d’accord transactionnel visant la conclusion de l’opération de rachat des 100% des parts d’Actis.

C’est à la suite de ce tournant que le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, a, le 22 novembre 2023, au sortir d’une réunion du Comité interministériel chargé de conduire l’opération de rachat des parts du fonds d’investissement britannique dans Eneo, annoncé l’ouverture des discussions entre les deux actionnaires majoritaires (44% pour l’Etat du Cameroun et 51% pour Actis) en vue du bouclage de cette opération. « Nous entrons véritablement dans les négociations parce qu’un gros travail a déjà été fait, et nous avons déjà suffisamment d’éléments qui peuvent fonder la négociation avec Actis. Cela suppose qu’il y ait des positions qui peuvent être divergentes. La négociation a justement pour objectif de réduire la part d’incompréhensions… », déclarait alors le membre du gouvernement à la fin de la rencontre.

Lire aussi : Décryptage : pourquoi Actis sort du capital de la compagnie d’électricité Eneo

Cela n’avait pas empêché le même Louis Paul Motaze de saisir Actis deux semaines plus tard pour solliciter un sursis de deux mois pour, officiellement, permettre au gouvernement d’affiner son analyse de la situation en vue de faire une offre réaliste. Officieusement, cette demande avait en fait pour but de gagner du temps pour donner la possibilité à KPMG France de boucler son travail. Les véritables discussions ont donc débuté en mars. Même si, côté Actis, l’on a déploré le caractère irrégulier des rencontres afin d’accélérer le processus.

Avant cela, une joint-venture composée de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), le fonds de pension public, et de la société nationale des hydrocarbures (SNH), a manifesté son intention de racheter les parts du fonds d’investissement britannique dans le capital du concessionnaire du service public de l’électricité. Seulement, l’offre de reprise proposée jamais dévoilée à ce jour par ces deux acteurs, ne va pas satisfaire les conditions de l’actionnaire majoritaire britannique.

L’américain Atlantic sort du chapeau

Sur ces entrefaites, alors que l’on croit les négociations entre les deux partenaires traditionnels avancées, un nouvel acteur s’invite dans la transaction : l’Américain General Atlantic. Le capital-investisseur américain, sans dévoiler le montant de la transaction, annonce via la chaîne américaine CNBC, avoir conclu le 16 janvier 2024, un accord pour acquérir Actis, actionnaire majoritaire d’Eneo à hauteur de 51% du capital de l’entreprise. À ce moment-là, si l’interlocuteur du Cameroun change dans les négociations en vue du bouclage de l’opération de rachat des actifs d’Actis dans Eneo, le ticket de sortie aussi pourrait être un sujet de préoccupation pour l’Etat.

Toujours est-il que depuis lors, l’on est sans nouvelle du destin de ce deal annoncé en mondovision entre Actis et General Atlantic et dont la conclusion, soumise à l’assentiment des investisseurs et sous réserve des approbations réglementaires, était annoncée pour la fin du deuxième trimestre de l’exercice en cours. Dans leur intention, les Américains promettaient des investissements dans les infrastructures durables et la transition énergétique.

Dette

Ces négociations interviennent dans un contexte où Eneo réclame à l’Etat une dette colossale. Dans une correspondance adressée au Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute, le patron d’Actis, David Grylls, réclamait en urgence le paiement de 186 milliards de Fcfa au titre de la dette de l’Etat à cette entreprise, et menaçait de traîner le Cameroun en justice pour « rétention illégitime » de ses avoirs.

Depuis ce temps, Eneo n’a de cesse de dire que l’Etat central et ses entités lui doivent 266 milliards de Fcfa au 31 décembre 2023. Mais, dans un souci de transparence, le ministère des Finances a communiqué il y a peu, l’état réel de la dette entre les deux partenaires. Citant la comptabilité d’Eneo, un document de conciliation du mois d’avril de l’année en cours, sous réserve de vérifications contradictoires, retraçait en détail, les créances de l’énergéticien consolidées, réconciliées et validées par le régulateur sur les entreprises et établissements publics camerounais ainsi que sur d’autres entités publiques au 31 décembre 2023. Soit respectivement 66,766 milliards de Fcfa et 328,504 milliards de Fcfa.

Lire aussi : Electricité : les enjeux autour du rachat par l’Etat des parts d’Actis dans Eneo

De plus entre le 1er janvier 2021 et le 20 décembre 2023, assure le ministère des Finances, Eneo a reçu des paiements en cash de 300 milliards de Fcfa de l’Etat, compte non tenu des paiements effectués par compensation des impôts et taxes par contraintes extérieures. Dans l’optique de préserver l’équilibre du secteur, le ministère des Finances continue d’honorer ses engagements à date et les règle sous réserve des vérifications consolidées, réconciliées et validées par le régulateur du secteur.

Le règlement de cette transaction de rachat restera l’unique préoccupation du gouvernement au moment de sa conclusion suite à l’arbitrage de la présidence de la République. La joint-venture CNPS-SNH peut toujours être mise à contribution pour solder le ticket de sortie adopté par le sommet de l’Etat.

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