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Gabon : pourquoi Oil India abandonne son permis pétrolier malgré une découverte de brut

Après plus d’une décennie d’exploration et une découverte de brut sur le bloc Shakthi-II, Oil India met fin à ses activités au Gabon.

Publiée vendredi 18 septembre 2026 à 18:26:58Modifiée vendredi 18 septembre 2026 à 18:27:00Temps de lecture 4 minPar Albert AMOUGOU

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Dr Ranjit Rath, président de Oil India

C’est un départ qui vient contrarier la stratégie de relance pétrolière de Libreville. Alors que le Gabon cherche à attirer de nouveaux investisseurs pour doper une production qui stagne autour de 220 000 barils, l’explorateur public indien Oil India a officialisé, le 17 septembre, son retrait définitif du pays. « Oil India s’est retirée des projets d’exploration au Gabon et au Bangladesh », a déclaré jeudi son président, Ranjit Rath, dans des propos rapportés par l'agence Reuters. Si le dirigeant n'a pas révélé devant ses actionnaires les raisons exactes de cette rupture, le dernier rapport financier de la major, publié en août, dissèque à coups de millions de dollars et de dates butoirs les trois motifs de ce divorce consumé sur le bloc onshore Shakthi-II (G4-245), situé dans le bassin sédimentaire intérieur du Gabon.

L'échec n'est pourtant pas géologique. D'après le document consulté par EcoMatin, Oil India Limited (opérateur technique) et Indian Oil Corporation Limited ( son partenaire financier), engagés à parts égales (50/50) dans ce consortium public, y avaient multiplié les succès depuis 2014. Après une découverte de brut sur le puits Lassa-1, la compagnie indique avoir enchaîné avec deux forages d'appréciation (Lassa-2 et Lassa-3) et l'acquisition de 1 213 km de données sismique 2D. Des résultats suffisamment probants pour valider le passage à la Phase II d'exploration en avril 2017. Mais la machine s’est ensuite grippée, minée par un trois facteurs détaillé par l'entreprise.

 Impasse réglementaire

Le premier motif de rupture est strictement administratif. Selon le rapport de la compagnie, le consortium indien devait impérativement forer deux nouveaux puits d'exploration avant la fin de la Phase II. Initialement prévue pour durer trois ans (du 16 avril 2017 au 15 avril 2020), cette période avait été prolongée par la Direction générale des hydrocarbures (DGH) gabonaise jusqu'au 15 avril 2025. Incapable de tenir ce nouveau délai, Oil India précise avoir sollicité une ultime rallonge d'un an, jusqu'en avril 2026. La réponse de Libreville a été un refus catégorique.

Lire aussi :Hydrocarbures : BP quitte la mer du Nord et mise sur le Gabon pour ses nouveaux gisements

Face à cette intransigeance, le document révèle que le consortium s'est retrouvé dos au mur et a notifié à la DGH, le 28 juillet 2025, la restitution pure et simple du permis. Pourquoi ces deux forages vitaux n'ont-ils jamais vu le jour ? Le document officiel pointe une conjonction de facteurs exogènes. L'entreprise justifie, selon ses propres termes, cette paralysie par des « retards contractuels et réglementaires », l'onde de choc logistique prolongée de la pandémie de Covid-19, et des « perturbations externes » qui ont fait exploser les coûts. Dans un environnement jugé hors de contrôle par l'opérateur, l'exécution des travaux s'est révélée impossible, poussant le géant asiatique à jeter l'éponge.

Une ardoise salée de 10 millions de dollars

Le troisième acte de ce retrait se chiffre en millions. Quitter le Gabon coûte cher au consortium, et ce, malgré un montage financier local prévu pour faire durer les opérations. D'après les états financiers consultés, la firme s'était pourtant adossée à Orabank Gabon pour ouvrir une facilité de découvert (garantie par des dépôts de plus de 10 millions de FCFA), destinée à assurer les besoins de trésorerie et le financement des travaux sur le bloc. Mais la rupture du contrat s'accompagne de lourdes pénalités : le rapport stipule que, pour n'avoir pas réalisé les forages promis, les Indiens ont dû verser 10 millions de dollars (environ 6 milliards de FCFA) d'amende à l'État gabonais. À cela s'ajoute une saignée comptable, Oil India déclarant avoir provisionné une perte de 215,33 crores de roupies (plus de 25 millions de dollars) au titre de la dépréciation de ses puits et autres actifs.

Le consortium précise enfin qu'il en est désormais réduit à expédier les affaires courantes : « liquidation progressive des contrats, remise en état des sites et clôture administrative ». Ce retrait définitif ampute le bassin sédimentaire gabonais d'un investisseur potentiel majeur, illustrant que même en présence d'hydrocarbures, l'inflexibilité administrative et l'inflation des coûts peuvent avoir raison des explorateurs les plus résilients. Oil India se retire ainsi du Gabon après plus d'une décennie d'opérations.

Lire aussi :Hydrocarbures : les activités de raffinage de la Sogara au Gabon en chute de 15,2 %

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