Le barrage hydroélectrique de Lagdo, d’une puissance de 72 MW dans le nord du Cameroun, est exposé à un risque de rupture en raison d’un ensablement critique de son lac de retenue, selon les autorités locales. Le gouverneur de la région du Nord, Jean Abate Edi'i, a alerté le 14 septembre sur les risques que cette situation fait peser sur la fourniture d’électricité, les populations et les activités économiques et agricoles de la région. L’alerte a été lancée à Garoua, en marge des travaux de suivi-évaluation du projet de port sec. Le gouverneur estime indispensable le dragage du lac de retenue afin de sécuriser l’ouvrage. « Ce projet est tellement vital qu’il urge de le lancer », a-t-il déclaré. L'alerte intervient à une période charnière, alors que la région du Nord s'approche de la fin de sa courte saison des pluies. Cette partie du pays, bassin agricole et agropastoral réputé et largement dépendant du fleuve Bénoué, pourrait être menacée pendant la période d'étiage.
"pas un problème d’ensablement, mais de pluviométrie"
D’une capacité théorique de 7,7 milliards de m³, le lac de retenue est exploité par la Société camerounaise d’électricité (Socadel), gestionnaire du barrage depuis la nationalisation d’Eneo en 2025. Mais au sein de l’entreprise publique, le diagnostic posé par le gouverneur est contesté. « Le lac de retenue de Lagdo n’a pas un problème d’ensablement, mais de pluviométrie. On surveille l’évolution des dépôts au fond du lac […] Le problème, c’est que l’eau ne tombe pas assez du ciel », confie à EcoMatin une source proche du dossier.
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Selon cette source, les dépôts observés au fond du lac ne menacent ni les digues ni la stabilité de l’ouvrage. La faiblesse de la production électrique serait plutôt liée au niveau insuffisant de la retenue. « Habituellement, le lac atteint souvent les 5 milliards de m³ d’eau, mais je doute fort qu’il soit actuellement rempli à plus de 2 milliards de m³ », poursuit-elle. Un niveau qui, s’il était confirmé, représenterait moins de 26 % de la capacité théorique du lac et expliquerait, selon elle, que la centrale puisse tomber autour de 13 MW, très loin de ses 72 MW de puissance installée.
Le solaire en renfort
Le manque d’eau à Lagdo n’est pas nouveau. En 2022, Eneo attribuait déjà les délestages dans le Réseau interconnecté Nord (RIN) au faible remplissage de la retenue en 2021 et 2022. Malgré une disponibilité des machines passée de 85 % à 97,5 %, la centrale n’avait pas suffisamment produit faute d’eau, faisant reculer le taux de couverture de la demande à 90 %, contre 98 % un an plus tôt. Construite entre 1977 et 1982, Lagdo dispose d’une puissance installée de 72 MW, mais sa production peut tomber autour de 30 MW lorsque le niveau de la retenue baisse.
Cette fragilité pèse particulièrement sur le Septentrion, qui reste la partie du Cameroun la moins desservie en électricité. Les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord ne concentraient que 11 % des plus de 2 millions d’abonnés d’Eneo, contre 89 % pour les sept régions alimentées par le Réseau interconnecté Sud. Lagdo demeure dans le même temps l’unique barrage hydroélectrique du RIN, ce qui rend le réseau particulièrement sensible aux variations de sa production. Le gouvernement tente depuis quelques années de réduire cette dépendance. Les centrales solaires de Maroua et Guider, d’une capacité de 15 MW chacune, ont été mises en service en 2023 et leur capacité doit être renforcée. En revanche, le barrage de Bini à Warak (75 MW), appelé à apporter une nouvelle capacité hydroélectrique au Septentrion, reste retardé par des difficultés de financement.
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