En 2020, la Banque mondiale situait le taux d’accès à l’électricité au Cameroun à 64%. Aujourd’hui, en tenant compte d'une progression de 1 à 1,5% par an sur les 10 dernières années, le concessionnaire du service public de l’électricité au Cameroun, la société Eneo, filiale du fonds d’investissements britannique Actis, affirme que le taux d’accès à l’électricité affiche 68% à fin juin 2024 dans le pays. Une progression rendue possible grâce à la réalisation de nouveaux branchements. En réalité, annonce Eneo dans son bulletin d’information semestriel, 75000 nouveaux clients ont été connectés au premier semestre 2024 au réseau. Parmi eux, 64 000 sont issus d'un processus de nouveaux branchements et 11 000 issus des régularisations.
Bien plus précise l’énergéticien dans son bulletin d’informations, grâce au programme PERACE de l’Agence d’électrification rurale (AER), financé par la Banque mondiale, le nombre de nouvelles connexions réalisées par la société s’établit depuis 20 mois, soit au 30 juin 2024, à 163 000 nouveaux branchements dans le réseau. Pour 2025, la société annonce qu’elle vise 240 000 branchements au cours six premiers mois de cette année-là dans ce cadre.
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Du fait de ces performances, la filiale locale du fonds d’investissements britannique depuis en pourparlers avec le gouvernement pour une reprise dans le portefeuille public, revendique pas moins de 2 104 288 clients actifs. Parmi eux, 739 000 sont connectés aux branchements prépayés, soit 35% du chiffre total. Mais, regrette l’énergéticien, ses efforts de branchements s’en trouveraient récompensés si les contraintes financières n’entravaient pas sa capacité à constituer des stocks pour les travaux y relatifs. Cependant, note la société, le nombre de branchements en instance a baissé de 40% en un an.
Investissements
Toutefois, ce qui est réalisé l’est du fait de la relance des investissements que l’entreprise a plafonnés cette année à 53 milliards de FCFA, en hausse de 20 milliards par rapport à ce qui avait été arrêté en 2023, soit une augmentation de 58 %. Ainsi, le portefeuille global des projets en compte 133 pour 2024. Ces derniers touchent à la production efficiente de l'électricité dans le parc de production d'Eneo, l'amélioration de la qualité de la distribution, la modernisation des équipements commerciaux pour une expérience client positive, le renforcement des infrastructures informatiques.
En début de cette année, certains projets, notamment le lancement de la construction des parcs solaires à Guider et à Maroua d’une capacité de 30 MW, ainsi que nombre d’autres portant sur la distribution et la production, ont permis de porter la capacité installée du Cameroun à 1529 MW dont 1012 directement produits par Eneo.
D’autres investissements sont néanmoins annoncés pour l’année prochaine. Pour le DG Amine Homan Ludiye, les problèmes de perturbations peuvent résulter de la production, de la distribution et du transport. "Avec les investissements, le facteur limitant n'est plus la production, mais le transport et la distribution, des secteurs qui nécessitent des investissements importants”, se défend-il. Et de poursuivre: “Néanmoins, il faut souligner qu'Eneo dépasse actuellement, pour l'essentiel, les objectifs fixés par le régulateur en termes de disponibilité des grandes centrales, de fiabilité des grandes lignes, et de réduction de la durée et de la fréquence des coupures d'électricité.”
Difficultés financières
Eneo, filiale du fonds d’investissements britannique Actis, fait face à d’importantes difficultés financières depuis des années. Celles-ci ont contraint ses fournisseurs à arrêter de fournir l’énergie dans certaines de ses installations en raison de l’accumulation d’impayés en fin d’année dernière et en début de l’exercice en cours. Pour justifier cette situation, le concessionnaire pointait du doigt l’ardoise due par l’Etat et qui affichait 266 milliards de FCFA au 31 décembre 2023 selon l’énergéticien.
Mais, citant la comptabilité d’Eneo, un document de conciliation du mois d’avril de l’année en cours, sous réserve de vérifications contradictoires, retraçait en détail, les créances de l’énergéticien consolidées, réconciliées et validées par le régulateur sur les entreprises et établissements publics camerounais ainsi que sur d’autres entités publiques au 31 décembre 2023. Soit respectivement 66,766 milliards de Fcfa et 328,504 milliards de FCFA.
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De plus entre le 1er janvier 2021 et le 20 décembre 2023, assure le ministère des Finances, Eneo a reçu des paiements en cash de 300 milliards de Fcfa de l’Etat, compte non tenudes paiements effectués par compensation des impôts et taxes par contraintes extérieures. Certains officiels gouvernementaux, plus pessimistes assuraient que même si l’Etat venait à ne plus rien devoir à Eneo, l’énergéticien ne parviendrait pas à payer ses factures auprès de ses fournisseurs tant sa trésorerie est au plus mal. En effet, À fin 2022, le déficit de trésorerie d'Eneo a atteint 113 milliards de FCFA, son ratio de fonds propres sur total du bilan avait reculé à 7,4 %, et sa dette caracolait à 700 milliards de FCFA, la moitié étant due aux fournisseurs.
La publication de ces chiffres sur les performances au premier semestre de la société intervient au moment où des négociations sont en cours pour la renationalisation du concessionnaire. Actuellement en arbitrage à la présidence de la République, les montants avancés par les sources autorisées parlent de désaccords sur le montant de ticket de sortie qui, après évaluation par KPMG France pour le compte du gouvernement, se situe à 80 milliards de FCFA ; et entre 100 et 125 milliards de FCFA pour le fonds d’investissements.

