Alors que le Rwanda vient d’annoncer son retrait de la Communauté Économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), un protocole d'accord historique pour favoriser la construction d'un système de pipeline régional et freiner la pénurie d'énergie vient d’être signé par trois acteurs majeurs de la sous-région. Selon un communiqué conjoint publié lundi 9 juin, la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), l'Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO), et l’association d'experts en énergie Central Africa Business Energy Forum (CABEF) ont paraphé le 2 juin à Brazzaville, un mémorandum d’entente préalable à la mise en œuvre de ce méga projet. Ce dernier vise « à finaliser l'étude détaillée du projet CAPS (Central Africa Pipeline System), établir l'Autorité CAPS pour sa régulation et sa supervision, et soutenir son développement et son exécution jusqu'à sa mise en œuvre opérationnelle. », précise le document.
Un pari stratégique pour le développement énergétique regional
Ce protocole d'accord est une étape cruciale pour le projet CAPS, initié en 2021, qui ambitionne de construire 6 500 kilomètres de pipelines pour transporter, stocker et distribuer le gaz naturel et les produits pétroliers dans 11 pays d'Afrique centrale. L'objectif est de répondre aux besoins énergétiques croissants des populations et des industries, et de transformer la région en une « zone énergétique débarrassée de la pauvreté » d'ici 2030, selon Nathalie Lum, présidente du CABEF. Le projet vise notamment à ce que le gaz joue un rôle essentiel dans le développement économique.
Lire aussi : Îlot pétrolier : le Gabon et la Guinée équatoriale optent pour le dialogue après le verdict de la CIJ
Pour ce faire, les parties se sont engagées à finaliser les études de conception préliminaires, à mettre en place l’organe pour réguler le projet de bout en bout, à assurer la viabilité économique du CAPS pour les investisseurs, et à identifier les financements nécessaires. Dans cette perspective, Baltasar Engonga Edjo’o, président de la commission de la CEMAC a souligné que cet accord « marque une avancée majeure dans le renforcement de la coopération énergétique régionale en mutualisant expertises et ressources. »
Entre développement et impératif climatique
La signature de ce protocole d'accord intervient dans un contexte régional complexe, marqué par le retrait du Rwanda de la CEEAC, accusant la RDC d'instrumentaliser l'organisation. Au-delà de cette tension diplomatique, le projet CAPS soulève des questions fondamentales.
Lire aussi : S&P craint un effondrement du prix du pétrole en cas de hausse de production de l’OPEP
Si ses promoteurs insistent sur le rôle crucial des hydrocarbures pour le développement économique et la réduction de la pauvreté dans une région où plus de 60 % de la population n'a pas accès à l'électricité, les défenseurs de l'environnement ont depuis lors exprimées de vives inquiétudes. Des organisations comme Don’t Gas Africa, via la voix de Dean Bhekumuzi Bhebhe, qualifient le projet d'erreur, arguant qu'il « aggravera la crise climatique et ne profitera pas aux populations locales ».
Un débat crucial sur la trajectoire énergétique de l'Afrique
Rappelons qu’en plus de l’oléoduc pétro-gazier, la stratégie énergétique du CAPS, défendue par Nathalie Lum, est basée sur un « mélange d'énergie renouvelable et de combustibles fossiles ». Elle insiste sur le fait que le développement est une priorité pour l'Afrique centrale et que la région défendra l'utilisation du pétrole et du gaz face aux pressions occidentales pour une transition énergétique rapide dans un contexte où l’Afrique est le continent qui pollue moins, mais subit plus de conséquences néfastes des changements climatiques.

