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Mines et énergiesEecomembre

S&P craint un effondrement du prix du pétrole en cas de hausse de production de l’OPEP

La décision d’accroître la production pétrolière divise l’OPEP+ et fait craindre un déséquilibre du marché. S&P Global alerte sur un effondrement du prix du baril, particulièrement dangereux pour les pays de la CEMAC. La stabilité budgétaire de ces économies fortement pétro-dépendantes est en jeu.

Publiée mardi 3 juin 2025 à 20:34:36Modifiée mardi 3 juin 2025 à 20:34:39Temps de lecture 5 minPar Albert AMOUGOU

Opep
Représentation d'une jauge de quotas de production pétrolière de l'Opep

Le marché pétrolier est sous tension après la décision des Pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés réunis au sein de l’OPEP+, d’augmenter leur production de 411 000 barils par jour dès juillet 2025. Une décision prise par huit pays membres influents du cartel (Arabie saoudite, Russie, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman) le 31 mai 2025 dernier. Bien qu’ayant entrainée une hausse des prix du pétrole d'environ 3% lundi 3 juin, cette décision suscite de vives inquiétudes chez les analystes. S&P Global Commodity Insights se montre particulièrement pessimiste quant aux conséquences à long terme, prévenant que « si cela se produit et qu’il n’y a pas de réduction de production ultérieure, nous prévoyons que les prix du Brent daté tomberont à 50 dollars/barils ou moins d’ici la fin de l’année ». Cela représente environ 29 070 Fcfa le baril, voire moins, loin des 64,68 dollars (37 610 Fcfa) actuels.

Lire aussi : Pétrole : l'Opep planche sur une réévaluation des quotas de ses membres dès 2027

Cette nouvelle augmentation accélérée des quotas, la troisième consécutive après celles de mai et juin, est officiellement justifiée par l'OPEP+ par « des perspectives économiques mondiales stables et des fondamentaux de marché sains actuels, comme en témoignent les faibles stocks de pétrole ». Cependant, S&P Global estime que la demande estivale masquera l'impact à court terme, mais que la croissance de l'offre finira par l'emporter sur la demande. De plus, poursuit l’agence, la production réelle de l'OPEP+ pourrait connaître des augmentations plus faibles que les quotas ne le suggèrent, car certains pays sont proches de leur capacité maximale ou ne respectent pas les quotas ni les réductions compensatoires, qui s'élèveront à 455 000 b/j en juillet, selon le dernier plan publié par le Secrétariat de l’OPEP le 16 avril.

Manœuvre politisée

Il faut dire que derrière cette façade technique, de nombreux experts y voient une manœuvre plus politisée. D’après Bloomberg, l'analyste Jorge Leon de Rystad Energy a résumé cette séquence comme une série de « coups de semonce », suggérant que ces hausses seraient dictées par des considérations diplomatiques, notamment une pression directe de Washington pour faire baisser les prix de l'énergie aux Etats-Unis dans un contexte électoral américain. Cette stratégie viserait également à reprendre la main sur le respect des règles internes face à certains partenaires jugés déloyaux qui dépassent régulièrement leurs quotas.

Lire aussi : Pétrole : l'OPEP envisage une nouvelle hausse de sa production pour juillet

Les conséquences de cette offensive sont multiples et potentiellement graves. La décision unilatérale de ces huit membres fissure la doctrine de solidarité interne à l'OPEP, qui vise à maintenir des prix stables et profitables pour tous ses membres. Les autres pays membres du cartel, notamment l'Iran, le Venezuela et le Nigéria, voient d'un œil préoccupé cette augmentation qui pourrait aggraver les déséquilibres du marché et entraîner une chute significative des revenus pétroliers. En mai, le baril avait déjà glissé sous la barre des 60 dollars (environ 34 884 Fcfa), atteignant son plus bas niveau en quatre ans, avant de se stabiliser autour de 63 dollars (environ 36 628 Fcfa) fin mai.

Craintes émergentes

Les pays de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) membres de l'OPEP, tels que le Gabon, le Congo et la Guinée équatoriale, sont ultra-dépendants de leurs revenus pétroliers, qui représentent plus de 60% des recettes de ces États. Leur situation est d'autant plus précaire que, selon les dernières évaluations du cartel, leur comportement vis-à-vis des quotas est contrasté sur les mois de février, mars et avril 2025. Le Congo, par exemple, a produit 240 000 barils par jour, soit 40 000 barils en dessous de son quota de 280 000 barils. De même, la Guinée équatoriale a affiché une production de 60 000 barils par jour, 10 000 barils en dessous de son quota de 70 000 barils. À l'inverse, le Gabon a dépassé son objectif, produisant 230 000 barils par jour pour un quota de 180 000 barils. Bien que réticents à affirmer publiquement leur point de vue, une chute drastique des prix du baril, comme celle anticipée par S&P Global, pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur leurs économies déjà fragiles, menaçant la stabilité budgétaire et les projets de développement.

Lire aussi : Congo, Gabon, Guinée Équatoriale : La production pétrolière stagne à 542 000 barils/J en mars 2025

Cette montée en cadence n'est qu'un acte d'une pièce encore en cours d'écriture. L'OPEP+, cette alliance élargie de pays exportateurs de pétrole incluant notamment la Russie et les treize membres traditionnels de l'OPEP, avait jusque-là instauré des plafonds stricts de production pour soutenir les cours. Créée en 1960 et étendue en 2016 avec des partenaires extérieurs, l’OPEP agit en cartel pour ajuster les volumes mis sur le marché. Le groupe se réunira à nouveau le 6 juillet 2025 pour discuter des niveaux de production d'août, un rendez-vous crucial où ils devront arbitrer entre des intérêts divergents : stabiliser les prix pour préserver les recettes ou continuer à satisfaire les injonctions politiques, comme prédisent certains experts.

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