Le 23 mai à Paris, les présidents congolais et français, Denis Sassou Nguesso et Emmanuel Macron, ont officialisé un accord de partenariat énergétique dans le cadre du programme FEXTE Énergie (Fonds d’expertise technique et d’échanges d’expériences). Selon une communication de la présidence congolaise, « cet accord vise la modernisation du réseau public de distribution d’électricité au Congo et scelle un partenariat entre le ministère de l’Énergie, la société publique d’électricité et la société Seureca, filiale du groupe Veolia ».
Cette convention s’inscrit dans une logique de transfert de savoir-faire et d’ingénierie durable. Elle prévoit un accompagnement financier et technique de Seureca au bénéfice d’Énergie Électrique du Congo (E²C), pour une durée encore non précisée. Parmi les principaux objectifs figurent : la réduction des pertes en ligne (techniques et commerciales), l’amélioration de la fiabilité du réseau et le renforcement des capacités de gestion de l’entreprise publique.
Un secteur sous tension
Ces axes d’intervention répondent aux défis majeurs auxquels est confrontée E²C depuis 2021. L’entreprise, chargée de la gestion du patrimoine public de l’électricité en République du Congo, fait face à d’importantes difficultés opérationnelles, plongeant le pays dans une crise énergétique persistante. En février dernier, lors d’une séance de questions orales au gouvernement, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso dénonçait l’état de délabrement des infrastructures électriques, en raison d’un manque d’entretien. « Les révisions des turbines et des barrages n’ont pas été effectuées depuis plusieurs années. Par conséquent, les infrastructures sont vieillissantes et moins performantes », déplorait-il.
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En effet, la plupart des barrages hydroélectriques construits par l’État, financés sur fonds publics et exploités par E²C, sont en sous-performance (comme ceux de Liouesso et d’Imboulou), ou à l’arrêt (notamment celui du Djoué). À cela s’ajoutent des réseaux de transport d’électricité défectueux, à l’origine de fréquents délestages. Résultat : bien que le Congo produise annuellement 720 mégawatts, près de 60 % de l’électricité est perdue dans un réseau mal entretenu. C’est notamment le cas sur le circuit entre Pointe-Noire et Brazzaville, pourtant alimenté par une centrale à gaz d’une capacité de 450 mégawatts.
E²C, lourdement endettée
La sollicitation de Seureca vise également à appuyer une entreprise en grande difficulté financière. Selon les comptes annuels de 2024, E²C a enregistré des pertes de l’ordre de 18,2 milliards de FCFA, tandis que sa dette fournisseurs atteignait 219 milliards de FCFA — un montant supérieur à celui de la défunte Société nationale d’électricité (SNE), dissoute en 2018, dont la dette culminait à 208 milliards de FCFA (données CCA 2019). En 2023, la Caisse congolaise d’amortissement (CCA) classait E²C parmi les dix entreprises publiques les plus endettées du pays, tout en recommandant l’audit de ses comptes pour les exercices 2019 à 2023.
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Cette situation financière compromet l’introduction en bourse d’E²C. Déjà proposée en septembre 2020 par le ministère des Finances pour une entrée à la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC), l’entreprise peine à remplir les critères exigés, notamment la présentation de trois exercices financiers certifiés, avec des résultats bénéficiaires sur les deux derniers.
Un nouveau cap après un précédent échec
Ce partenariat avec la France marque une nouvelle tentative de réforme du secteur électrique congolais. La précédente initiative, en février 2024, avait abouti à un accord de concession avec la Senelec, la société nationale d’électricité du Sénégal, à qui avaient été confiés les segments de distribution et de commercialisation. L’opération, censée résorber le déficit énergétique et améliorer la qualité du service public, avait finalement échoué face à l’opposition des syndicats et des usagers, inquiets d’une hausse des tarifs et d’une perte de souveraineté nationale.

