Au Gabon, le producteur de ciment marocain Ciment d’Afrique (CIMAF), principal acteur local du marché, a annoncé son intention d’investir 27 milliards de FCFA pour développer une capacité locale de production de clinker, mettant fin aux importations de cette matière première jusque-là acheminée du Maroc. L’annonce a été faite à l’issue d’une audience accordée le 16 décembre à Libreville par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à une délégation du groupe conduite par son PDG, Anas Sefrioui, selon un communiqué de la Présidence gabonaise. À cette occasion, le Chef de l’État a rappelé que « le temps des conventions déséquilibrées est révolu », précisant que la participation de l’État gabonais au capital de CIMAF devra être portée à 10 %, conformément aux nouvelles orientations gouvernementales.
Cet investissement vise à substituer les importations de clinker par une production locale, à la suite de la décision présidentielle prise en septembre dernier de mettre fin à l’importation de clinker à compter du 1er janvier 2027. Selon les autorités, le Gabon dispose de gisements suffisants de cette ressource stratégique pour l’industrie cimentière. Le projet prévoit l’ouverture d’une carrière de clinker, des accords ayant déjà été signés à cet effet, et doit permettre de porter la capacité de production de CIMAF à environ 1,85 million de tonnes de ciment par an, contre une demande nationale actuellement estimée entre 800 000 et 900 000 tonnes.
Lire aussi : Ciment : le Gabon prépare l’autosuffisance en interdisant les importations de clinker en 2027
Les autorités gabonaises attendent de cet investissement des retombées industrielles et économiques en matière d’industrialisation, de création d’emplois locaux et de sécurisation de l’approvisionnement du marché. L’usine CIMAF de Franceville, dont la mise en service est attendue pour septembre 2026, avec une capacité annuelle annoncée de 1,85 million de tonnes, est présentée comme un projet structurant pour la province du Haut-Ogooué. Le gouvernement a également souligné l’importance du respect des délais et de la contribution du secteur à la baisse des prix du ciment, dans un contexte où le sac est vendu autour de 5 300 FCFA à Libreville, contre moins de 3 000 FCFA dans des marchés régionaux plus concurrentiels.
Cette évolution intervient dans un contexte de recomposition du marché gabonais du ciment, marqué par l’intérêt croissant de nouveaux investisseurs. Outre CIMAF, des groupes chinois, égyptiens – dont le groupe MAG, actuellement en phase de prospection – ainsi que des opérateurs nigérians (Dangote), ont manifesté leur intérêt pour le secteur. En arrière-plan, la dernière unité locale de production de clinker, exploitée par Ciments du Gabon, avait cessé ses activités en 2014, entraînant une dépendance quasi totale aux importations, estimées à près de 500 000 tonnes par an en 2024, selon les statistiques douanières. La relance annoncée de la filière s’inscrit dans la perspective des grands projets structurants à l’horizon 2030, appelés à soutenir durablement la demande nationale en ciment.
Lire aussi : Cameroun : faute de financement, le gisement de calcaire de Wapouzé reste en jachère

