L'année 2025 débute sous de mauvais auspices pour le Gabon qui a récemment vu la Banque mondiale suspendre ses décaissements au profit de l’État. Motif : Libreville n’a pas été en mesure d’honorer les remboursements sur sa dette due à cette institution. Au 10 juin, les arriérés de paiement s’élevaient à 17 milliards FCFA soit environ 27 millions de dollars US. C’est la deuxième fois en 6 mois que le Gabon est confronté à cette situation. En juillet 2024, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, (BIRD) guichet non concessionnel de l'institution de Washington, suspendait pour le même motif. Cette suspension avait ensuite été levé après que le pays se soit acquitté de ses engagements.
Pour justifier l’insolvabilité de son pays vis-à-vis de l’institution de financement multilatérale, le ministre du Budget et des Comptes publics a, dans un communiqué, pointé trois facteurs : « l'insuffisante mobilisation sur le marché international des ressources prévues dans la loi de finances ; la prise en charge volontariste des mesures sociales additionnelles fortes, particulièrement attendues de longue date par les populations, et l'affectation circonstancielle de ressources importantes à des opérations stratégiques pour le pays ».
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Cette situation, qui hypothèque l’avancement des projets financés par la Banque mondiale au Gabon, permet surtout de mettre en exergue la situation catastrophique dans laquelle se trouve les finances publiques du pays. L’exécutif s’est toujours défendu en incriminant la gestion du précédent régime. Sevré des appuis de la Banque mondiale, le Gabon aurait également été suspendu par la Banque Africaine de développement (BAD). Une information qui n’a toutefois pas été confirmée ni réfutée par les autorités. À cela, il faudrait ajouter la suspension du programme avec le FMI depuis 2023 et qui n’a toujours pas repris à ce jour.
Options de financements limitées
Cette succession d’événements, viennent jeter l’opprobre sur la capacité du pays à financer sa politique budgétaire en 2025. La loi de finances a prévu un budget de 4 204,9 milliards FCFA dont 1 204,8 milliards FCFA devraient être financé par la dette. Pour financer le déficit budgétaire et de trésorerie, le gouvernement projette d'emprunter 1 208,4 milliards FCFA auprès des créanciers extérieurs et intérieurs.
Si la suspension des décaissements des partenaires multilatéraux (BAD, Banque mondiale et FMI) est maintenue, les options de financement du gouvernement deviennent assez limitées notamment pour rembourser les emprunts en devises. Ce qui laisse présager de nouvelles accumulations d’arriérés. Libreville est également attendu sur le marché international pour le remboursement de la deuxième partie de son eurobond de 605 millions USD (environ 358 milliards FCFA). La première partie de cet emprunt avait été remboursée de manière anticipée en 2024, via le marché des titres publics de la CEMAC, mais il est très peu probable que le pays réitère cet exploit au vu de la situation des réserves de changes de la région.
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En interne, le pays a émis un besoin de financement de 977,5 milliards de FCFA cette années auprès des investisseurs domestiques. Sauf que là également, les conditions d’emprunt se sont durcies à cause notamment de la politique monétaire restrictive de la BEAC, mais aussi des mesures du gendarme bancaire visant à réduire l’exposition des banques au risque souverain. En octobre 2024, la COBAC a attribué au Gabon une pondération de 100% sur ses emprunts. Ce qui signifie que les banques locales qui prêtent à ce pays sont contraintes de disposer de fonds propres équivalents au taux de pondération du prêt octroyé, et ce, durant toute la durée de vie de l'emprunt.
En novembre 2024, Libreville a sollicité « une exemption temporaire » de cette décision, mais n’a pas encore reçu l’approbation du régulateur, ce qui compromet sérieusement la réussite de ses émissions de BTA et OTA sur le marché régional.
Entre-temps, les dépenses en hausse
S'agissant des dépenses budgétaires, le gouvernement dit vouloir accorder la priorité à la "poursuite des chantiers, notamment dans les secteurs de la route, de l'éducation, de la santé, de l'eau et de l'énergie, pour redonner la dignité à ses compatriotes". Ainsi, l'une des mesures audacieuses a été de relever de presque 100 milliards FCFA le budget d'investissement public à 592,6 milliards FCFA. Les transferts et subventions ont été maintenus à 350 milliards FCFA.
Toutefois, sur les 2 996,6 milliards FCFA de recettes budgétaires projetées au cours de l'année, 2 467,6 milliards FCFA, soit environ 82,2%, serviront à payer les salaires des fonctionnaires (825,3 milliards FCFA) et à rembourser des intérêts (349,4 milliards FCFA) et le principal (1 292,9 milliards FCFA) sur la dette. Selon le projet de loi, les charges du personnel de l'État progresseront de plus de 54 milliards FCFA à cause de nouveaux recrutements dans la fonction publique, les revalorisations des salaires du personnel vacataire dans le secteur de l'éducation, les émoluments des parlementaires et des magistrats, ainsi que les avancements en grade dans l'armée et la police.
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Quant aux charges de la dette, elles ont considérablement augmenté après que le pays ait révélé une sous-déclaration de certains emprunts contractés par la précédente administration. En 2025, sauf changement majeur, le gouvernement devrait éprouver des difficultés à honorer ses promesses sociales, mais également de rembourser sa dette, un gros coup dur alors que l’élection présidentielle est prévue cette année et que Brice Clotaire Oligui Nguema est pressenti comme candidat.
Mark le sauveur ?
Pour l’instant, le Gabon n’a pas dévoilé sa stratégie de gestion de ce déficit de Trésorerie qui se peaufine à l’horizon. Seule action forte, le ministre de l’Économie et des Participations Mays Mouissi a été remplacé par Mark Doumba. Ce diplômé de l’Université George Washington, de la London School of Economics et de la Harvard Kennedy School aura la lourde charge de redresser les finances publiques du pays.

