Au Gabon, la mise en service des deux navires de production d’électricité de l’opérateur turc Karpowership, initialement prévue le 15 septembre 2025 à Grand Libreville, a été reportée à une date indéterminée. Dans un communiqué publié le 27 septembre, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) a expliqué que ce prolongement est motivé par des contraintes techniques liées à la sécurité des équipements gaz, identifiées lors des opérations de raccordement au réseau. « Ces travaux se poursuivent selon un calendrier réajusté, établi en concertation avec les parties concernées, afin de garantir le strict respect des normes de sécurité en vigueur », a précisé la direction générale de l’entreprise.
Les deux unités flottantes de Karpowership, arrivées fin août, doivent remplacer un navire vieillissant de 70 MW et porter la capacité installée de Grand Libreville à 150 MW. Ce renforcement, attendu par la population et les acteurs économiques, vise à réduire les délestages récurrents qui paralysent la capitale. Le retard s’explique en grande partie par la complexité des raccordements techniques et par la nécessité de sécuriser les installations, mais il renvoie également à la fragilité d’un partenariat qui suscite de vifs débats depuis son lancement. En février 2025, le gouvernement et l’opérateur turc avaient déjà renégocié les termes d’un contrat initial jugé déséquilibré, notamment sur les tarifs et la responsabilité de l’approvisionnement en carburant.
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La conséquence immédiate de ce nouveau report est la poursuite des coupures d’électricité dans la capitale. La SEEG annonce qu’un programme prévisionnel de délestage sera diffusé régulièrement sur ses plateformes de communication. Mais ces interruptions, qui affectent aussi bien les ménages que les services de santé et les petites entreprises, alimentent le mécontentement social et minent la confiance dans la capacité de l’État à résoudre durablement la crise énergétique. Libreville, qui concentre plus de la moitié de la population urbaine du pays et l’essentiel de l’activité économique, reste particulièrement vulnérable à ces déficits d’approvisionnement.
Derrière les difficultés techniques, l’enjeu financier est tout aussi déterminant. Selon des sources locales, le premier contrat imposait à la SEEG un coût avoisinant 15 milliards de FCFA par mois pendant vingt ans, soit près de 3 600 milliards de FCFA au total, un montant considéré comme insoutenable. Le carburant destiné à alimenter les navires représentait à lui seul environ 13 milliards de FCFA mensuels. Certaines clauses prévoyaient même que, en cas d’impayés de plus de deux mois, Karpowership puisse prendre le contrôle de la SEEG et capter une partie de ses revenus. Face aux critiques, un nouvel accord a été conclu début 2025, réduisant de 12,2 milliards de FCFA par mois la charge pour l’État. Dans un pays dont les recettes publiques restent fortement dépendantes du pétrole et dont la situation budgétaire est fragile, ce partenariat continue d’alimenter les attentes.
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Le Gabon dispose pourtant d’un taux d’accès à l’électricité relativement élevé en Cemac, estimé à 94,1 % en 2023 selon la Banque mondiale, mais ce chiffre masque des inégalités territoriales importantes et surtout une instabilité chronique de l’offre. L’État mise sur les solutions flottantes pour pallier l’urgence, tout en affichant une volonté de relancer des projets hydroélectriques et solaires afin de diversifier son mix énergétique. Reste que l’expérience Karpowership illustre la difficulté de concilier court terme et long terme dans la gestion de la crise énergétique gabonaise.
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