Au Gabon, le gouvernement a ordonné le retrait de 52 titres miniers, dont 41 permis de recherche et 11 permis d’exploitation, jusque-là attribués à des entreprises privées. La décision, rendue publique le 19 octobre 2026 par le ministère des Mines et des Ressources géologiques, fait suite à un audit conduit du 29 juin au 16 octobre. Les périmètres concernés retournent dans le domaine public de l’État, qui reprend la main sur leur éventuelle réattribution.
Officiellement, le ministère reproche à plusieurs titulaires de ne pas avoir respecté « les exigences légales et réglementaires » du secteur. Il ne précise ni la nature des manquements relevés pour chaque société, ni les superficies concernées. L’opération s’inscrit dans la volonté des autorités de récupérer les titres dits « dormants », conservés sans réelle mise en valeur des ressources. Les annexes de la décision citent des entreprises peu connues du grand public, parmi lesquelles Agil Gabon, Global Mine Development, Elie Ressources Gabon, Jin He Mining, Yin He Mining, Gold King Mining Gabon et Gabon Gold Mining. Plusieurs d’entre elles détiennent plus d’un permis. Les titres sont répartis dans sept provinces, notamment l’Ogooué-Ivindo, le Woleu-Ntem, la Ngounié et l’Ogooué-Lolo, au cœur de la prospection aurifère du pays.
Gabon Gold Mining, un ancien différend qui refait surface
La présence de Gabon Gold Mining (GGM) retient particulièrement l’attention. L’entreprise est visée au titre du permis G7-496, qui couvre le périmètre de Ndangui Ouest, en Ogooué-Lolo. Or, ce site avait déjà été au cœur d’une contestation avec l’administration minière : en 2021, GGM l’accusait de lui avoir retiré des droits au profit d’une entreprise asiatique, notamment sur le prospect de Ndangui Ouest, qu’elle affirmait détenir depuis 2014. L’issue de ce litige n’a pas pu être établie, pas plus que le lien éventuel avec le retrait d’octobre 2026. La réapparition de Ndangui Ouest dans la nouvelle liste montre toutefois que ce périmètre reste un dossier sensible.
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Le secteur voit par ailleurs arriver de nouveaux projets. Emiga, société à capitaux libanais, a obtenu trois permis d’exploitation en février 2026 et engagé des démarches environnementales pour un projet à Ndangui. Deux titres retirés, ceux de GGM et de la Société des mines et carrières (SOMEC), portent eux aussi sur des sites dénommés Ndangui.
Une reprise en main engagée depuis juin
La décision du 19 octobre prolonge une série de mesures prises depuis le printemps pour remettre de l’ordre dans l’exploitation de l’or. Du 15 au 19 juin, l’opération « Ekura », menée sur un site d’orpaillage à Punga, près d’Eteke (Ngounié), a conduit à 55 interpellations, dont 28 ressortissants chinois. Aucun lien n’a été établi entre ces personnes et les sociétés dont les permis ont été retirés. Le 22 juin, les autorités ont suspendu toutes les activités aurifères en petite mine sur l’ensemble du territoire. Un audit a suivi, avec une session obligatoire d’examen des titres à partir du 16 juillet, destinée à vérifier la situation des opérateurs et à repérer les permis conservés sans activité réelle.
Le 7 septembre, Libreville a franchi un nouveau pas en accordant à la Société équatoriale des mines (SEM), entreprise publique, l’exclusivité de la reprise de l’or issu de la petite mine. La mesure place la commercialisation de cette production sous le contrôle de l’État, sans pour autant faire de la SEM la propriétaire des titres retirés. Reste à savoir ce que deviendront les 52 titres récupérés. Le ministère n’a communiqué ni calendrier de réattribution, ni critères de sélection des futurs titulaires, ni détail des investissements déjà réalisés sur les sites. Autant d’éléments qui permettront de mesurer la portée économique de l’opération, au-delà de l’objectif affiché d’assainissement du secteur.
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