Vent de panique au sein du secteur agro-industriel gabonais. La Raffinerie Gabonaise de Sel et Dérivés (Ragasel S.A), entreprise historique au capital de 1,952 milliard de FCFA, traverse une crise financière majeure qui menace directement sa pérennité. En effet, selon une annonce légale de l’entreprise publiée ce 12 octobre, l’unique raffinerie de sel du pays est confrontée à un trou financier atteignant au moins 976 millions de FCFA qui entame plus de la moitié de son capital social. Raison pour laquelle, le conseil d’administration a officiellement convoqué ses actionnaires en assemblée générale mixte le 3 novembre 2026 à Libreville afin de décider d'une éventuelle dissolution ou d'un plan de sauvetage d'urgence.
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L'élément central de cette convocation réside dans l'application stricte de l'article 664 de l'Acte Uniforme OHADA relatif au Droit des sociétés commerciales. Dans la législation communautaire des affaires, ce texte impose une procédure d'alerte stricte lorsqu'une entreprise voit ses capitaux propres devenir inférieurs à la moitié de son capital social du fait des pertes d'exploitation accumulées. Le déclenchement formel de cet article confirme l'ampleur du gouffre financier : Ragasel S.A a épongé au moins 976 millions de FCFA de pertes nettes. La loi impose désormais aux actionnaires de se prononcer publiquement sur la dissolution anticipée de la structure ou sur l'engagement d'un plan de restructuration étalé sur deux ans.
Entre cession d'actifs et recapitalisation d'urgence
Au-delà du débat de principe sur la survie de la structure, la direction générale tente déjà d'activer des leviers de secours financiers immédiats. L'ordre du jour prévoit en effet de soumettre au vote la demande d'autorisation pour la cession d'un immeuble appartenant au patrimoine de l'entreprise. Cette mise en vente d'un actif immobilier d'envergure témoigne des tensions de trésorerie asphyxiantes auxquelles Ragasel S.A fait face au quotidien. La cession de cet immeuble vise à injecter rapidement des liquidités fraîches dans les caisses pour honorer les dettes les plus pressantes et éviter une cessation de paiements immédiate.
L'assemblée générale du 3 novembre 2026 à Libreville s'annonce donc décisive. En cas de refus ou d'incapacité des actionnaires à renflouer les caisses, l'unique raffinerie de sel du pays sera liquidée, entraînant la vente forcée de ses installations et l'arrêt définitif de sa production. À l'inverse, un vote en faveur de la continuité contraindra les associés à injecter massivement de nouveaux fonds ou à procéder à une restructuration lourde de son capital social.
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Fleuron de l’industrie gabonaise en difficulté
Fondée en septembre 2004 à Libreville sous la forme d'une société anonyme, Ragasel S.A est née avec l'ambition stratégique d'assurer la souveraineté industrielle du Gabon dans la transformation et le raffinage du sel brut importé, tout en répondant aux besoins croissants des ménages et des industriels locaux. Dotée au départ d'un capital imposant de 1,952 milliard de FCFA, l'entreprise visait à substituer les importations massives de sel raffiné par une production locale aux normes internationales, avec la perspective de desservir l'ensemble du marché de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Au fil de ses deux décennies d'existence, la raffinerie est devenue le partenaire clé de la filière agroalimentaire nationale et un employeur important de la zone industrielle de la capitale gabonaise, malgré des coûts de production élevés et une vive concurrence extérieure.
Sur le plan commercial, la pression concurrentielle subie par Ragasel S.A provient principalement des exportateurs et raffineries de sel des pays côtiers de la sous-région et du bassin atlantique, qui bénéficient d'accès directs à d'immenses salines naturelles et de coûts de production nettement inférieurs. Les premiers concurrents régionaux sont les producteurs du Sénégal (l'un des tout premiers exportateurs de sel marin d'Afrique de l'Ouest) et du Cameroun voisin, qui écoulent vers le Gabon du sel marin raffiné ou conditionné en sacs à des tarifs particulièrement agressifs.
À cette concurrence intracontinentale s'ajoutent les flux d'importation en provenance d'acteurs d'Afrique du Nord (notamment les producteurs de sel marin du Maroc) et de fournisseurs européens (principalement français). En arrivant sur le marché gabonais sous forme de produits finis emballés, ces marques importées bénéficient souvent d'économies d'échelle massives qui leur permettent de devancer Ragasel S.A sur les prix de vente aux grossistes et aux réseaux de grande distribution.













