Au lendemain de la séance de travail du 16 février entre le ministre émirati du Commerce extérieur, Thani Bin Ahmed Al Zeyoudi, et le ministre gabonais des Mines, Sosthène Nguema Nguema, Libreville précise les contours de sa réforme aurifère. Objectif : instaurer un système d’estampillage des lingots par QR code afin d’assurer la traçabilité de l’or, de l’extraction à l’exportation. « Le plus gros problème que nous avons au Gabon est que nous ne contrôlons pas notre or. Il y a énormément de fuites parce que nous n’avons pas mis en place un système de suivi efficace », a déclaré le ministre gabonais au média public le 19 février, annonçant une refonte en profondeur du dispositif de contrôle.
Concrètement, le partenariat scellé début février aux Émirats arabes unis, dans le sillage des accords conclus à Abu Dhabi, prévoit la mise en place d’une infrastructure numérique permettant d’identifier chaque lingot grâce à un code unique retraçant son origine et son circuit commercial. Le choix émirati n’est pas anodin. Dubaï s’est imposée comme l’une des principales plaques tournantes mondiales du commerce de l’or, concentrant une part significative des flux en provenance d’Afrique. Selon les données de UN Comtrade, les Émirats figurent parmi les premières destinations des exportations aurifères africaines, y compris issues de circuits informels.
Vers une exploitation coopérative
En s’alliant à un acteur central du négoce mondial, Libreville cherche à sécuriser ses débouchés tout en réduisant les risques de réexportations non déclarées. Parallèlement, le gouvernement entend rompre avec le système actuel de cartes d’exploitant individuel, jugé peu efficace dans l’encadrement de l’orpaillage alluvionnaire, au profit d’un modèle coopératif plus structuré. « Il est important qu'on évolue vers un système de coopération. Au lieu des cartes d’exploitation individuelles, on doit passer à un système de coopérative. », a précisé Sosthène Nguema Nguema.
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Les enjeux budgétaires sont considérables. Alors que l’once d’or évolue à des niveaux historiquement élevés sur le marché international — autour de 5 000 dollars (plus de 3 millions de FCFA) — la filière formelle gabonaise demeure sous-performante. Selon le rapport 2022 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), la production déclarée s’est limitée à 1 088,96 kg, pour des recettes évaluées à 37,7 milliards de FCFA. Dans le même temps, le gouvernement estime les exportations illégales à près de 4 tonnes par an, soit plusieurs dizaines de milliards de FCFA de manque à gagner potentiel pour le Trésor public. L’ITIE met également en évidence une forte concentration de la filière légale : Alpha Centauri Mining (ACM) représente près de 89 % des exportations déclarées, loin devant la Société Équatoriale des Mines (SEM). Ce décalage entre production officielle, volumes exportés et potentiel géologique — estimé à environ 40 tonnes de réserves — illustre l’ampleur des pertes fiscales et la nécessité d’un meilleur encadrement.
À fin 2022, la Direction générale des Mines et de la Géologie recensait 176 permis actifs, couvrant près de 27 000 km² pour la recherche et 1 380 km² pour l’exploitation à petite échelle, principalement dans le Woleu-Ntem, l’Ogooué-Lolo et la Ngounié. Des sites comme Minkébé, Mebaga, Etéké ou Miamizé sont appelés à devenir des zones pilotes du nouveau dispositif de traçabilité. Pour Libreville, l’enjeu dépasse la seule lutte contre la fraude : il s’agit de repositionner l’or comme levier stratégique de diversification minière, aux côtés du manganèse, pilier historique des exportations. Si le dispositif QR est effectivement déployé et adossé à une coopération commerciale structurée avec les Émirats, il pourrait marquer un tournant dans la gouvernance extractive et la captation des revenus miniers au Gabon.
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