Comment réagissez-vous à cette étude scientifique et à la polémique qu'elle a suscitée autour du poulet camerounais ?
Guy Pierrot Nzodjing : Cette étude est à l'origine d'une situation alarmante. Elle fait état de la présence de métaux lourds dans les poulets et les œufs produits au Cameroun. Mais ce qui nous préoccupe particulièrement, c'est la manière dont cette information a été reprise et amplifiée par certains médias locaux et internationaux. Cette médiatisation est susceptible de créer un climat de méfiance chez les consommateurs. D’autant plus que cette polémique intervient à un moment particulièrement sensible. Les trois derniers mois de l'année représentent traditionnellement la période de plus forte activité pour les producteurs. Nous sommes donc surpris de voir une telle controverse se développer précisément au moment où les entreprises se préparent à cette période essentielle pour leurs activités.
Quelles garanties concrètes pouvez-vous apporter aux consommateurs sur la qualité sanitaire du poulet et des œufs produits au Cameroun ?
Guy Pierrot Nzodjing : Il existe d'abord, au niveau national, un dispositif de contrôle vétérinaire, avec un laboratoire national et des antennes dans les régions. C'est un élément important pour la surveillance de la qualité des produits. De notre côté, nous avons développé un savoir-faire qui repose sur la formation continue des éleveurs. Nous organisons régulièrement des séminaires à travers le territoire national, avec des experts qui accompagnent les producteurs sur les bonnes pratiques d'élevage, la biosécurité et l'alimentation des animaux.
Les entreprises les plus structurées disposent également de leurs propres laboratoires. Dans nos installations, nous effectuons des analyses depuis la réception des matières premières jusqu'à la fabrication des aliments destinés aux volailles. Ces contrôles internes constituent, pour nous, une garantie importante de qualité. Il faut également rappeler que les matières premières importées sont soumises à des procédures de contrôle et de certification.
Quelles seraient les conséquences économiques d'une perte de confiance des consommateurs dans la production locale, notamment pour une entreprise comme SPC ?
Guy Pierrot Nzodjing : Les conséquences pourraient être catastrophiques. Prenons simplement l'exemple de SPC. Notre entreprise emploie directement plus de 500 Camerounais. Si la confiance des consommateurs venait à se dégrader durablement, cela pourrait entraîner une baisse des ventes et menacer ces emplois. Mais il ne faut pas regarder uniquement les salariés. Derrière chaque employé, il y a une famille et plusieurs personnes qui dépendent de ses revenus. Les conséquences sociales seraient donc beaucoup plus importantes.
À l'échelle nationale, la filière avicole représente, selon nos estimations, 320 000 emplois directs. Imaginez les répercussions qu'une crise durable pourrait avoir sur toutes ces familles. Il y aurait également des conséquences pour les finances publiques. Lorsque les entreprises perdent leurs clients, elles perdent leurs recettes. Elles réduisent leurs activités et leurs capacités à contribuer aux recettes fiscales de l'État. C'est donc toute l'économie nationale qui pourrait être affectée.
Après vingt années d'efforts pour développer la production locale, que représenterait un éventuel retour aux importations massives de poulets congelés ?
Guy Pierrot Nzodjing : Envisager même qu'on retourne à cette situation serait suicidaire. Nous avons consacré énormément d'efforts, avec l'accompagnement des pouvoirs publics, pour développer la filière avicole nationale depuis les restrictions sur les importations de poulets congelés en 2005 et 2006. Ces efforts ont permis au Cameroun de construire une véritable capacité de production. Aujourd'hui, d'autres pays cherchent à s'inspirer de notre expérience. Il serait donc incompréhensible que nous revenions nous-mêmes à la situation qui prévalait auparavant.
Nous avons également une responsabilité envers les consommateurs. Avec les produits importés, nous ne maîtrisons pas directement les conditions dans lesquelles les volailles ont été élevées et transformées. Le consommateur camerounais a désormais pris l'habitude de consommer le poulet et les œufs produits localement. Nous avons travaillé pendant plus de vingt ans pour parvenir à cette situation. Il faut maintenant consolider ces acquis et poursuivre le développement de la filière.









