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Incendie mortel chez Perenco Gabon : l’ONG américaine EIA plaide pour l’ouverture d’une enquête internationale

l'ONG recommande au gouvernement gabonais la mise en place d’une cellule d'enquête « placée directement sous l'autorité de la présidence, pour revoir l'audit technique sur l'accident de la plateforme de Becuna ».

Publiée mardi 22 juillet 2025 à 17:09:46Modifiée mardi 22 juillet 2025 à 17:09:49Temps de lecture 6 minPar Albert AMOUGOU

Perenco
Incendie mortel chez Perenco Gabon

Environmental Investigation Agency (EIA) vient de publier un rapport qui épingle l’entreprise pétrolière et recommande à Libreville et Paris de mener un vrai audit sur cet évènement ayant coûté la vie à six personnes.

« Mort à huis clos ». C’est le titre principal du rapport que vient de publier Environmental Investigation Agency (EIA), une organisation américaine à but non lucratif spécialisée dans le domaine de l’environnement. Ledit rapport épingle Perenco Gabon, filiale du pétrolier franco-britannique Perenco. Et pour cause, plus d’un an après un incendie sur la plateforme de Becuna du groupe Perenco dans le champ offshore de Tchatamba, au Gabon, aucune « véritable » enquête n’aurait été menée afin d’établir les responsabilités.

Face à cette situation, EIA plaide pour l’ouverture d’une enquête internationale. Pour ce faire, l’ONG recommande au gouvernement gabonais la mise en place d’une cellule d'enquête « placée directement sous l'autorité de la présidence, pour revoir l'audit technique sur l'accident de la plateforme de Becuna ». Cette cellule devra « ouvrir une enquête sur les allégations de rétention d’information, pression et corruption présumée d'un procureur [qui aurait été étouffé l’affaire]; et réaliser une recherche de fond sur le traitement des travailleurs sur les plateformes pétrolières du groupe Perenco ». L’ONG recommande de suspendre les activités du groupe sur la plateforme de Becuna jusqu'à ce que la cellule d'enquête ait terminé ses travaux et que la sécurité des travailleurs soit assurée. Sans oublier d’exiger l'indemnisation immédiate des familles des victimes.

Lire aussi : Gabon : Perenco annonce 2 milliards $ d'investissements dans un projet gazier de grande envergure

Au gouvernement et à la justice française, l’EIA préconise de collaborer avec les gouvernements qui ont lancé des audits ou des enquêtes sur les activités du groupe Perenco dans leur pays, notamment en République démocratique du Congo (RDC) et au Gabon. La France est invitée à enquêter sur le rôle du personnel de Perenco France et de la société, elle-même, dans l'accident de la plateforme de Becuna et dans les allégations de dommages environnementaux liés aux activités du groupe, notamment en RDC, à Trinité-et-Tobago et au Guatemala.

Au groupe pétrolier, l’Organisation demande d’indemniser intégralement les familles des victimes de l'accident de Becuna, y compris les travailleurs qui n’ont été que blessés et qui n'ont pas pu continuer à travailler. L’entreprise devra aussi prendre les mesures nécessaires pour « mettre fin aux pollutions associées aux activités du groupe Perenco dans le monde entier, réparer les dommages environnementaux déjà occasionnés ainsi que les communautés affectées ».

Aux sources du plaidoyer

En mars 2024, six personnes travaillant sur une plateforme pétrolière offshore exploitée par Perenco Oil and Gas Gabon meurent dans un incendie. La plateforme de Becuna, située dans le champ pétrolier de Tchatamba au large du Gabon, produit 13 000 barils de pétrole par jour, ce qui fait des deux puits de la plateforme non seulement les plus productifs du groupe au Gabon mais aussi parmi les plus productifs.

Lire aussi : Hydrocarbures : Perenco injecte 113 milliards FCFA pour renforcer sa production au Congo

L'enquête d’EIA montre que des équipements de sécurité essentiels qui auraient pu empêcher l'explosion faisaient défaut sur la plateforme pétrolière. « Les installations de cette plateforme était connue par les travailleurs comme étant vétustes, obsolètes, et en très mauvaise condition. De nombreux travailleurs ont déclaré aux enquêteurs qu'ils étaient inquiets à l'idée d'être envoyés sur cette plateforme en raison des risques d'explosion et d'électrocution. Craignant pour leur vie, plusieurs d'entre eux ont demandé à être affectés sur d’autres sites. Les enquêteurs d'EIA ont également appris que les installations vétustes, utilisées en violation apparente de la réglementation gabonaise, ne seraient qu'une partie du problème », apprend-on.

Immédiatement après l'incendie, le président du Gabon, Brice Oligui Nguema, a demandé une enquête sur les causes de la catastrophe. « Les experts indépendants mandatés par le gouvernement n'ont apparemment pas été autorisés à accéder à la plateforme pendant les premiers jours qui ont suivi l'accident et ont dû faire face à de multiples difficultés pour recueillir des informations. Ceci aurait été la conséquence d'ordres et de décisions pris par des cadres basés dans les bureaux parisiens du groupe Perenco. Un cadre du bureau parisien, diligenté au Gabon après la catastrophe, aurait fait pression sur des employés blessés et hospitalisés ayant survécu à l'explosion pour qu'ils cachent aux auditeurs gabonais des détails cruciaux sur l’explosion et ses causes. Cette crainte était largement partagée par les ouvriers, employés via des contrats précaires maintes fois renouvelés en violation de la loi gabonaise », révèle le rapport.

Flou et suspicions

Les enquêteurs d'EIA ont également appris que les relations de longue date établies par le groupe Perenco avec des hauts fonctionnaires du ministère gabonais du Pétrole, du Gaz et des Mines, ainsi que le versement présumé d'un pot-de-vin de 65 000 dollars (environ 365 millions de FCFA), auraient permis d'étouffer les conclusions de l'enquête et de les cacher aux responsables gouvernementaux, y compris au président Oligui Nguema. Selon les conclusions de l'enquête d’EIA, le groupe Perenco n'a pas indemnisé les familles des victimes, à l'exception d’un expatrié, qui aurait reçu plus de 10 millions de dollars (près de 5,6 milliards de FCFA) d'indemnisation et signé un accord de confidentialité. A ce jour, les familles des victimes au Gabon sont toujours en attente de réparation.

Bien qu'EIA ait offert au groupe Perenco la possibilité de répondre aux conclusions de son enquête et produire leurs commentaires, apprend-on, l'avocat du groupe pétrolier a répondu par écrit de la manière suivante : « Compte tenu du calendrier, du caractère partial et préjudiciable de vos questions, ainsi que de certaines hypothèses explicites ou implicites sous-jacentes à celles-ci, mon client s'abstiendra de tout commentaire. »

Lire aussi : Perenco revendique le leadership pétrolier au Cameroun avec 90 000 barils/jour

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