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Industrie extractive : au Cameroun, la publication tardive du rapport ITIE 2022 ne dissipe pas le spectre d’une suspension

Sous pression et après plusieurs reports, le gouvernement camerounais a finalement publié son rapport ITIE 2022, évitant ainsi une radiation immédiate de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). Cependant, cette publication tardive ne dissipe pas toutes les inquiétudes. De l’avis d’experts contactés par EcoMatin, de nombreux manquements observés dans ce document de 267 pages maintiennent le Cameroun sous la menace d’une suspension.

Publiée lundi 17 mars 2025 à 14:17:27Modifiée lundi 17 mars 2025 à 14:17:29Temps de lecture 3 minPar Albert AMOUGOU

Fuh-Calistus-Gentry
Fuh Calistus Gentry, ministre des Mines par intérim

Le 11 mars 2025, le ministre camerounais des Mines, Fuh Calistus Gentry, a présenté à Yaoundé le rapport ITIE 2022, un document de 267 pages détaillant la gestion des revenus du secteur extractif. Initialement attendu en décembre 2023 puis en 2024, sa publication a nécessité un sursis exceptionnel de dix semaines accordées par l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) après une requête du gouvernement en janvier dernier. Dans sa demande adressée à Helen Clark, présidente de l’Initiative, le Cameroun justifiait ces retards par des « aléas dans la désignation des représentants de la société civile au sein du comité ITIE national ». Ce délai supplémentaire visait à éviter une radiation pure et simple du pays, qui aurait nui à son attractivité auprès des investisseurs internationaux.

Lire aussi: Cameroun : l’ITIE demande au gouvernement de prendre les textes d’application du code de transparence et de bonne gouvernance

Pour Dr Bareja Youmssi, expert camerounais en mines et pétrole, cette manœuvre n’a permis qu’un répit temporaire au Cameroun qui, selon lui, n’est pas encore tiré d’affaires. « Avec la publication de ce rapport, le Cameroun achète du temps pour rester au sein de l’Initiative et échappe à la radiation, mais la menace d’une suspension demeure », confie-t-il à EcoMatin.

Des failles persistantes dans la transparence

Le rapport ITIE 2022 du Cameroun dresse un état des lieux détaillé des explorations, productions, exportations, recettes collectées et de la gestion des revenus issus des hydrocarbures, des mines et des carrières au cours de l’année 2022. Toutefois, au-delà de cette synthèse, il met en lumière des défis persistants en matière de transparence dans l’industrie extractive camerounaise.

Lire aussi : Pétrole : comment le Gabon est floué par les multinationales (rapport ITIE)

Après analyse, plusieurs experts soulignent des lacunes majeures dans le document. Parmi elles figurent l’absence des données sur les transferts et cessions des titres (aucune information n'a été révélée sur les transactions de cession ou de transfert de permis miniers en 2022) ; des délais de traitement prolongés ; un manque de suivi des bénéficiaires effectifs et de transparence dans le processus de l'octroi des permis, etc. « Lorsque dans ce rapport, le ministère des Mines est incapable de donner le nombre total des titres miniers pour le compte de l’année 2022, c’est inquiétant », déplore Dr Youmssi. De plus, dit-il encore, « le rapport fait mention d’un ministère des Hydrocarbures au Cameroun, alors qu’il n’en existe pas un. De même qu’il présente le ministère des Mines (Minmidt) comme étant le ministère du Pétrole. C’est révélateur du chaos administratif dans lequel évolue ce secteur ».

Les rapports 2023 et 2024 encore attendus

Malgré l’absence immédiate de sanctions, la position du Cameroun au sein de l’ITIE reste fragile. Une suspension priverait le pays d’un label crucial pour rassurer les investisseurs étrangers et pourrait avoir des répercussions sur ses relations avec les institutions financières internationales comme la Banque mondiale et le FMI. Pour éviter cette issue, une refonte profonde du secteur extractif s’impose. Dr Youmssi plaide pour une séparation claire des compétences entre les hydrocarbures et les mines afin d’améliorer la gestion et la supervision de ces ressources stratégiques. Il exhorte également le gouvernement à accélérer la publication des rapports ITIE 2023 et 2024, encore en attente.

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