Baptisé « Fichier Unique des Participations », le nouveau portail que vient de lancer le gouvernement gabonais a été présenté à Libreville, le 26 février dernier, par le ministère en charge de l’Économie. « Il s’agit d’un portail digital dédié à la gestion des participations de l'État dans les entreprises publiques et privées dans lesquelles l’État détient des parts. Cette plateforme vise à centraliser, structurer et optimiser le suivi des actifs détenus par l’État, garantissant ainsi une meilleure transparence et efficacité dans la gouvernance des entreprises publiques et privées », renseigne le ministère de l’Économie.
À en croire Mark-Alexandre Doumba, le ministre gabonais de l’Économie, la mise en place de ce nouveau portail est une réforme en vue de moderniser les entreprises publiques et garantir une gestion plus efficiente des actifs de l’État. Il précise également que c’est un outil qui va dans le sens des priorités stratégiques de son administration : l’orthodoxie financière pour une gestion budgétaire rigoureuse et transparente ; l’accroissement des recettes publiques, en optimisant le rendement des participations de l’État ; la diversification économique, afin de réduire la dépendance aux matières premières et favoriser l’emploi et l’entrepreneuriat.
Lire aussi : Gabon : l'État accorde une garantie de 500 millions de Fcfa pour les prêts aux PME
La mise en place d'un nouveau portail intervient dans un contexte où le gouvernement gabonais a décidé de renforcer, et de même nationaliser la plupart des entreprises sur le territoire national. Depuis le 31 août 2023, période au cours de laquelle s’est installé le nouveau pouvoir de transition, une dizaine d’entreprises sont tombées dans l’escarcelle de l’État : Assala Energy, Afrijet, la Société nationale des bois du Gabon, etc.
Rompre avec Delta Synergie
Par ailleurs, ce portail va peut-être corriger le flou qui existait sur les participations de l’Etat gabonais jadis gérées par « Delta Synergie », une nébuleuse holding financière jadis créé par la famille Bongo en son temps et qui était présente dans la quasi-totalité des secteurs de l’économie du pays : les assurances, les banques, la sécurité, l’agroalimentaire, les transports, les BTP, l’agriculture, l’immobilier, l’aviation d’affaires, le gaz et le pétrole, les matières premières, etc.
Lire aussi : Le Gabon négocie 131,1 milliards de Fcfa auprès d'Afreximbank pour financer son plan national de développement
A titre d’illustration, un rapport de mission daté du 15 avril 2012 élaboré par le cabinet d’avocat Fénéon & Delabrière Associés à la demande des Bongo, révèle que, Delta Synergie a des participations dans la non moins célèbre Gabon Mining Logistics, à hauteur de 30%. Ragasel arrive au 3e rang, où elle ne détient pas moins de 29,1% de participation. Le deuxième secteur dans lequel la holding est fortement implanté est celui des banques, avec UGB (5,21 % des parts), Bicig (3,23 %), BGFI Bank Congo (10%), Ecobank Gabon (7,5%) ou encore BGFI Holding (6,4%), présentée comme «la plus puissante banque du pays », mais aussi la Finatra (6,25 %), spécialisée dans le crédit à la consommation.
Toujours au titre de ses secteurs d’activités opérés par la holding, il y a la Compagnie du Komo (15%), Ogar (60%), SN2AG (transport aérien, 34,99%), ETDE/Sogec (électricité, 4,54%), IMP (immobilier, 35%), SGS (sécurité, 69,3%) … Idem dans le secteur très lucratif du BTP où la Socoba, principale bénéficiaire des travaux publics du pays dirigée par un gendre d’Omar Bongo, a cédé 50 % de ses actions au profit de Delta Synergie.
Lire aussi : Le Gabon veut créer un Fonds national d’entretien et d’investissement routier
Le mercredi 20 mars 2024, les autorités gabonaises ont décidé de passer au scanner, la holding Delta Synergie en lançant un audit. Les résultats restent attendus depuis lors.

